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25 septembre 2012

ÉRADICATION DE LA VARIOLE



ÉRADICATION DE LA VARIOLE (OU COMMENT L'IDÉOLOGIE VACCINALE PERTURBE LA CONNAISSANCE DE L'HISTOIRE)



La saga véritable de la vaccination anti-variolique du Docteur Edward JENNER, mise au point à la fin du XVIIIème siècle et qui ne finit par vaincre l'endémie virale que près de 200 ans plus tard par le biais d'une stratégie atypique et due un peu au hasard. Pour ne pas  ré-écrire l'histoire d'un succès médical au profit d'une idéologie du tout vaccinal.



On lit ceci dans un article (1) rédigé à propos d’épidémies sous la signature de Jean-Louis Miège, professeur émérite à l’université de Provence : « En 1948, l'O.M.S. inscrivit la lutte contre la variole parmi les priorités sanitaires mondiales. Grâce au choix judicieux des vaccins (1952), l'éradication de la maladie devint possible et cet objectif fut décidé en 1958. Moyennant des campagnes de vaccination de masse, mobilisant d'importants crédits et un personnel très nombreux, le dernier cas de variole spontanément apparu fut enregistré le 26 octobre 1977 en Somalie et la maladie fut déclarée par l'O.M.S. éradiquée en 1980 ».



Cette description rapide, qui met l’accent sur les vaccinations de masse, méconnaît un élément majeur de l’histoire de l’éradication. Il y a eu un échec relatif des  vaccinations de masse et la découverte ou plutôt la redécouverte de l’intérêt majeur de la stratégie de vaccinations en anneaux («ring vaccination»). J’y reviendrai. Mais cette imperfection de la description de la  part d’un historien réputé a été rendue possible parce que des médecins et des biologistes ont eux-mêmes, par leurs simplifications et parfois leurs outrances, préparé le terrain à de telles erreurs.

Robert Fasquelle, professeur de microbiologie aux facultés de médecine de Paris, membre de l'Académie nationale de médecine, rédige dans la même encyclopédie un article enflammé sur la vaccination antivariolique, article dans lequel, lui non plus ne parle pas de vaccination en anneaux. Il écrit même ceci «Tous les moyens sont mis en action dans la Corne de l'Afrique pour la vaccination massive de toutes les populations, sédentaires comme nomades. Le succès ne se fait pas attendre et, le 26 octobre 1977, se déclare en Somalie le dernier cas connu de variole au monde ». Ainsi, il met l’accent sur la vaccination massive et ne dit rien de la stratégie  de surveillance-endiguement.

Il est vrai que son article commençait très fort, par une contre-vérité : « Que la variole soit la plus contagieuse de toutes les maladies infectieuses, qu'elle soit la plus grave, notamment chez les jeunes enfants et les vieillards (mortalité 33 %, avant que n'existe la vaccination), que ceux qui en réchappaient soient restés aveugles, sourds, à tout le moins grêlés, que surtout la variole, depuis que les hommes vivent en collectivités importantes, ait été le premier facteur responsable de la limitation des populations, nul n'en doute. »

Non, la variole n’est pas la plus contagieuse de toutes les  maladies infectieuses. Non, il n’est pas acceptable de dire que l’éradication a été obtenue par des vaccinations massives sans préciser les limites de celles-ci et sans parler du dépistage et des vaccinations en  anneaux autour des cas dépistés. J’essaierai de le démontrer. Mais je voudrais surtout m’interroger. Pourquoi de telles contrevérités et de telles approximations occupent-elles tant de place ? Pourquoi l’histoire, vraie et belle, de l’éradication n’est-elle pas mieux connue ?

Non la variole n'est pas plus contagieuse de toutes les maladies infectieuses

Henderson (2) a décrit de façon détaillée une épidémie dans le sud Dahomey. Une femme et ses deux enfants ayant tous trois la variole sont arrivés dans un village de 300 personnes. La maladie toucha huit maisons en deux mois et demi, six d’entre elles étaient immédiatement voisines de la maison des visiteurs infectés. Johan Giesecke (3), citant cette étude, écrit ainsi : ”Ceci  montre qu’un contact étroit et prolongé est nécessaire pour la diffusion de la maladie ».

Par ailleurs, Henderson et Moss, dans le livre « Vaccines » (4), après avoir rappelé la nécessité pour la transmission du virus, d’un contact étroit, rappellent que la variole n’est contagieuse qu’à partir de l’éruption, c’est à dire plusieurs jours après le début de la maladie, et donc à un moment où le malade est alité depuis plusieurs jours. Ils écrivent « En moyenne, un cas de variole entraînait rarement plus de 2 ou 5 cas dans la génération suivante, la plupart chez des parents ou amis. C’est pourquoi les épidémies tendaient à rester limitées à un quartier d’une ville ou à des aires localisées d’une province ou d’un district ». Ils ajoutent cette phrase essentielle, surtout quand on sait le rôle majeur joué par Henderson dans l’éradication : « La plupart des épidémies peuvent donc être contrôlées par un relativement faible nombre de vaccinations de personnes résidant dans les maisons et autour des maisons où un cas de variole a été constaté »  

Un dernier point doit être souligné pour relativiser cette idée d’extrême contagiosité de la variole. La variole est une maladie fortement saisonnière. C’est à dire que même dans les zones les plus infectées il y a toujours eu des périodes de l’année où de très nombreux villages étaient indemnes. L’importance du caractère saisonnier a été parfaitement analysée (5). 

On peut pour conclure en ce qui  concerne  la contagiosité de la variole retenir cette phrase issue d’un texte de l’OMS (6) : "Spread of infection was limited to close contacts in a small vicinity » (La diffusion était limitée aux contacts proches dans un voisinage étroit).

L’histoire de l’éradication

Dans un livre de SVT de classe de 3ème (8), on peut lire cette phrase qui, en première approximation, est acceptable : « La variole n'existe plus : l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n'a plus relevé de cas de "contamination naturelle" depuis octobre 1977. Fléau immémorial, la variole a été éliminée [...] Ce véritable génocide du virus a été entamé en 1967. La variole sévissait alors dans une trentaine de pays (Inde, Bangladesh, Pakistan, Ethiopie, etc.) et faisait chaque année deux millions et demi de victimes. L'OMS s'épuisait à vacciner les foules sans trop s'occuper des foyers d'épidémie. Pour juguler la maladie de cette façon, il aurait fallu vacciner tout le monde en même temps, ce qui était irréalisable. D'où l'élaboration d'une stratégie plus souple : dépister les cas de variole et vacciner sélectivement les noyaux de population menacée. Ces mesures s'accompagnent de l'isolement strict des malades et du repérage très précis des chaînes de transmission...». Jean-François Saluzzo, dans son livre "La guerre contre les virus"(8), est un peu plus précis : "En 1964, après cinq années de lutte, les résultats sont relativement décevants; il apparaît que la couverture de 80% est inefficace pour éliminer la circulation du virus de la variole. Un homme va jouer un rôle déterminant dans ce projet, Donald Henderson, un épidémiologiste du CDC (Center for Disease Control) qui rejoint l'OMS à Genève en 1967. Il avait acquis une bonne expérience de la lutte contre la variole en Afrique,dirigeant un projet américain de vaccination mixte, variole-rougeole, dans neuf Etats d'Afrique de l'Ouest. Les résultats étaient encourageants. Mais un élément déterminant allait faire changer la stratégie du projet d'éradication de la variole. l'équipe d'Henderson était représentée au Nigéria par le Dr William Foege. En décembre 1966, ce dernier est informé de cas de variole dans la province d'Ogoja qui compte 100.000 habitants. Foege ne possède que quelques milliers de doses, il est impossible d’envisager une campagne de masse. Il a alors l'idée de limiter les vaccinations dans les quelques villages où des cas suspects ont été rapportés et d'isoler les malades. Son équipe visitera les différents villages de la région et, en présence d'un cas, ils vaccineront les sujets contacts. Par cette approche, Foege pense limiter l'extension de l'épidémie jusqu'à l'arrivée d'une importante quantité de vaccins qui lui permettra alors de compléter les vaccinations. Cela ne sera pas nécessaire. Cette approche donne des résultats surprenants : en quelques semaines, l'épidémie est enrayée. En vaccinant moins de 15% d'une population sélectionnée dans la région et en isolant les malades, le virus a disparu. Ce sera le principe ultérieur de la lutte contre la variole.

De même Patrick Berche, doyen de l’université Paris Descartes, dit des choses passionnantes sur l'éradication de cette infection sur son blog (9) à propos en particulier de l'histoire du Dr.William FOEGE. Celui-ci a d'ailleurs reconnu que cette stratégie de "ring-vaccination" avait été adoptée, non pas du fait d'une intuition géniale, mais du fait de l'impossibilité dans laquelle il était de vacciner toute la population dont il avait la charge...

Mais le plus simple est de lire ce que quelques-uns des acteurs principaux de l’éradication ont écrit eux-mêmes (10) : « In 1967, the former Eastern Region of Nigeria placed primary emphasis on surveillance-containment activities rather than mass vaccination, with the result that smallpox disappeared in 5 months’ time with the vaccination of only 750 000 persons in a population of over 12 million" (En 1967 la  région est du Nigéria mit l’accent sur les activités de surveillance-endiguement plutôt que sur la vaccination de masse avec comme résultat la disparition de la variole en 5 mois avec une vaccination de 750.000 personnes sur une population de plus de 12 millions) 
Dr William FOEGE

Les auteurs nous rappellent un fait que l’on trouvera amusant ou affligeant dans les années précédant l’éradication. Les USA, pour éviter un risque hypothétique et largement surestimé dépensaient 140 millions de dollars par an alors que la campagne d’éradication en Afrique centrale et de l’Ouest n’a coûté que 15 millions de dollars. Foege, Millar et Henderson ont même la cruauté d’écrire  « Ainsi le transfert de 15 millions de dollars, ce que les USA dépensent régulièrement en 39 jours pour rester indemnes de variole, a permis à 20 pays de la zone du programme de se libérer de la variole »

La stratégie de surveillance-endiguement, que Foege a utilisée, avait été préconisée dès 1896 par une commission royale de l’Académie de Médecine de Londres, mais très longtemps cette stratégie avait été considérée comme moins énergique et donc comme à priori moins efficace que la vaccination universelle avec cette idée de vacciner 80% de la population partout dans le monde. Pourtant, en 1962, quelques années avant que Foege redécouvre cette pratique du fait de la pénurie de  vaccins, Dixon  écrivait « Si on prêtait plus d’attention aux foyers de variole on pourrait éradiquer la maladie en vaccinant une faible  proportion de  la  population totale. » 

Quelques hypothèses sur les facteurs idéologiques qui expliquent ce refus d’admettre l’importance du changement de stratégie et les limites de la  vaccination de masse.

Avant l’éradication, on a vacciné largement en France, aux USA et dans beaucoup  d’autres pays dans lesquels la variole n’était plus un problème majeur depuis longtemps. On a vacciné des millions de personnes et observé quelques complications (encéphalites, eczéma  vaccinatum). On a dépensé de l’argent (140 millions de dollars par an aux USA). Si ces  vaccinations ont été utiles, alors les sommes dépensées et les accidents vaccinaux peuvent être le prix qu’il était nécessaire de  payer. Dans  cette hypothèse ce qui a été fait est ce qui devait être fait et tout le monde peut se réjouir. Les médecins, en France aux USA et dans beaucoup d’autres pays pour lesquels la variole n’était plus un problème majeur depuis longtemps, peuvent se féliciter d’avoir en vaccinant, contribué à éradiquer cette maladie. Et ce plaisir d’avoir contribué à éradiquer cette maladie est encore plus grand si on se la représente comme une grande tueuse très contagieuse. De même, pour la population, il est bon de penser que la technique, la médecine et le progrès scientifique l’ont délivrée de cette maladie et qu’en se soumettant à cette vaccination, tous les citoyens ont participé à cette aventure exaltante qui promet d’autres éradications et d’autres bienfaits.

En revanche, si on observe que la  vaccination de ceux qui sont vraiment exposés dans l’entourage des malades a joué un rôle majeur, alors de très nombreuses vaccinations aux USA et dans des pays de même niveau sanitaire apparaissent comme inutiles ou faiblement utiles. Leur coût et leur dangerosité peuvent être interrogés.

Il me semble que ce désir de penser que l’on a contribué en vaccinant (pour les médecins) et en  se  faisant vacciner (pour la  population) explique beaucoup de cette appétence, de cette forte réceptivité au discours glorifiant les vaccinations de masse contre une maladie présentée comme très contagieuse.

Mais il existe un autre facteur d’importance moindre mais qui est loin d’être négligeable. Les revues médicales sont très dépendantes des laboratoires pharmaceutiques. Or les laboratoires producteurs de vaccins ont intérêt à ce que l’éradication soit considérée comme ayant été obtenue par l’utilisation du plus grand nombre possible de vaccins. L’histoire vraie de l’éradication est l’histoire d’une victoire obtenue par l’utilisation intelligente du vaccin. Les laboratoires ne sont pas attirés par une utilisation intelligente mais par une utilisation massive. La  santé publique veut que les moyens soient employés là où il y en a besoin et selon les modalités les plus  efficaces. Les laboratoires ne sont pas concernés par les besoins mais par la demande et par la demande solvable.

Le résultat est là. Avec des médecins qui veulent croire qu’ils ont tous été acteurs de cette éradication et une population qui veut croire avoir été protégée par des stratèges bienveillants ayant « mis le paquet » comme on dit, en vaccinant massivement, avec en plus une littérature médicale très dépendante de sponsors ayant intérêt à ce que l’on pense que les vaccins en très grand nombre ont été la clé de l’éradication, avec tous ces ingrédients, on comprend la difficulté à faire connaître l’histoire véritablee de l’éradication de la variole.


Dr Jean-Pierre LELLOUCHE



Bibliographie

1.MIEGE Jean-Louis.  Encyclopédia  universalis. Version  électronique, 2009
2.HENDERSON Y. Smallpox transmission in Southern Dahomey. A study of a village outbreak. Amer. Jour. of Epidemiology 1969 ;90 :423-28
3.GIESECKE J. Modern infectious disease epidemiology. Edward Arnold 1994
4.HENDERSEN, MOSS dans “Vaccines” p 78. PLOTKIN & ORENSTEIN.  Saunders, 1999
5.YORKE JA. et coll. Seasonality and the requirements for perpetuation and eradication of viruses in populations. Am.J.Epidemiol.1979; 109(2): 103-23.
6.OMS http://www.who.int/mediacentre/factsheets/smallpox/en/
7.DUCO André « Sciences et Vie de la Terre » classe de 3ème. Belin 1999
8.SALUZZO Jean-François « La guerre contre les virus ». Plon  2002
9.BERCHE Patrick http://blogs.univ-paris5.fr/berchep/weblog/4748.html
10.FOEGE WH. MILLAR JD. HENDERSON DA. Smallpox eradication in west and central Africa. Bulletin WHO/OMS 1975; N°2, vol. 52 : 209-222


2 commentaires:

  1. Le rôle de la vaccination en anneau autour des foyers n'est pas aussi clair que cet article le fait penser. Elle incluait la vaccination d'individus non contaminés mais qui pouvaient l'être dans les jours ou semaines qui suivaient et de ceux qui venaient d'être contaminés. L'effet de la vaccination peut être très différent dans les deux cas : protecteur pour les premiers, inefficace voire franchement délétère pour les seconds.

    Question : la vaccination était-elle efficace sur les vrais contacts (en post exposition) ? Henderson lui-même reconnaissait en 2003 que les données sur cette question étaient insuffisantes.

    Mais fin 2010 éclate une véritable bombe sur le site de l'OMS : trois documents sont mis en ligne sur les recherches expérimentales menées sur des animaux (singes …) pour tester cette vaccination en post exposition. L'un émane des auteurs des études, les deux autres du comité consultatif OMS et d'un comité d'experts indépendants.

    Se référant aux études, le comité consultatif reconnait qu'elles remettent en question l'efficacité de la vaccination en post-exposition. C'est énorme ! Il faut reconnaitre qu'il n'en a jamais existé aucune preuve, quelle soit épidémiologique (on ne sait pas distinguer un vrai contact d'un faux) ou immunologique car on ne sait que très peu de choses sur le processus d'action du vaccin comme ils l’admettent.

    Pire encore, l'étude menée par Earl en 2008 avec des doses non mortelles montre que les témoins non vaccinés supportent mieux l'infection que les vaccinés qui l'ont pourtant été quatre jours avant l'épreuve. Cette vaccination se montre pourtant efficace si elle est réalisée assez longtemps avant l'épreuve, ce qui est essentiel pour valider le résultat.

    Les humains n'étant pas des singes les résultats pourraient-ils s'inverser chez l'homme? Les auteurs qualifient les données avancées par Henderson d’anecdotiques et les comités OMS de 2010 semblent en douter puisqu'ils écrivent que la stratégie de vaccination en post exposition doit encore être validée alors qu'on voudrait lui attribuer le succès contre la variole !!!

    Je ne peux pas allonger ce commentaire mais j'ai écrit récemment 3 articles nourris et référencés sur ces questions sur mon blog [1] : celui sur les expérimentations animale (article du 3/01/2012); celui sur les raisons des formidables épidémies de variole au Bihar en 1973-74 article du 3/02/2012);celui sur les échecs de la vaccination pendant la campagne d'éradication (article du 26/09/2011).

    Ma conclusion après ces recherches (je suis sur le sujet depuis plus de 34 ans) est que la variole a été vaincue grâce à la recherche active des malades, leur isolement, la recherche active des contacts avec des critères pertinents, leur surveillance et isolement dès qu'ils tombaient malades. La vaccination des vrais contacts est à mon avis très certainement à l'origine des échecs observés, y compris pour expliquer une part de l'échec de la vaccination de masse qui incluait une part inévitable de vaccination de vrais contacts. La vaccination des équipes de santé pouvait avoir son importance.

    Au 19è siècle une rumeur parfaitement authentifiée (en tant que rumeur) existait en France : la vaccination exacerbait la variole en période d'épidémie. Elle était très probablement fondée mais les experts de l'époque l'ont balayée d'un revers de main [2].

    Bernard GUENNEBAUD

    [1] http://questionvaccins.canalblog.com
    [2] http://storage.canalblog.com/56/75/310209/68965169.pdf
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  2. Merci de votre commentaire très intéressant. Vous m'écrivez :"Dans votre article,la première objection qu’on peut faire est que vous n'avez pas mentionné l’isolement des malades dont le rôle a certainement été très important et sans doute capital". Je pense comme vous que la détection des cas et leur isolement ont effectivement joué un rôle essentiel. J'ai l'impression qu'en citant Saluzzo, Berche et d'autres et en parlant de confinement-endiguement, j'attirais l'attention sur cet aspect des choses. Si vous pensez que je ne l'ai pas fait suffisament nettement, vous avez raison.

    Mais mon but n'était pas d'écrire l'histoire de l'éradication mais surtout de réfléchir aux raisons pour lesquelles cette histoire est peu et mal connue.

    Vous écrivez "Avant de tirer il faut savoir sur quoi! Le renseignement est capital". Je viens de lire ce qui se dit sur les indications du vaccin contre le zona. Il y a des gens qui le préconisent, d'autres qui pensent qu'il n'est pas indiqué, mais PERSONNE ne fait d'abord le point sur ce qu'est le zona, combien de cas? combien de douleurs? combien de temps? dans quelles tranches d'âge?

    Pour toutes les vaccinations et maladies infectieuses que j'ai étudiées, je n'ai jamais trouvé un abord méthodologique sérieux et j'ai toujours constaté une omniprésence et une grande influence des laboratoires. Et c'est cela que j'essaye de dénoncer.

    Bien à vous.

    Jean-Pierre LELLOUCHE

1 commentaire:

  1. Je vous livre ci-dessous ce qu’écrit le dictionnaire médical Garnier-Delamare dans sa 30ème édition de 2009 avec ensuite quelques commentaires, cela va dans le sens du message de cet article.

    " VARIOLE, (du latin varius, tacheté, moucheté) [anglais: smallpox}. Syn. petite vérole. Maladie infectieuse, épidémique et conta­gieuse, due à un Orthopoxvirus de la famille des Poxviridœ,caractérisée cliniquement par une marche cycli­que pendant laquelle évolue, après une incubation de 14 jours en moyenne suvie d'une période dominée par l'intensité des symptômes généraux (fièvre à 40 °C, céphalée, myalgies, vomissements) une éruption particulière. Celle-ci consiste en ulcérations buccales et en très nombreuses macules, réparties sur tout le corps elle se transforment en papules dures, puis en vésicules dont le liquide devient purulent; ces vésicules s'ombiliquent et se couvrent de croûtes laissant après leur chute, des cicatrices plus ou moins profondes. L'éruption est dite confluente quand les papules se confondent dès leur apparition au visage, elle est cohérente quand les éléments éruptifs n'arrivent au contact qu'au moment de la suppura­tion. La forme hémorragique caractérisée par l'intensité des phénomènes généraux, un rash purpurique ou astacoïde, entraîne la mort en quelques jours. Cette maladie, dont le pronostic est toujours réservé, a pratiquement disparu à la suite des campagnes internationales de vaccination. Sa décla­ration reste obligatoire en France mais sa vaccination ne l'est plus."

    Ainsi, alors que l’éradication a été certifiée en 1980, le dictionnaire dit qu’elle a "pratiquement disparu" et ne dit pas qu’elle a disparu. Il dit que "le pronostic est toujours réservé" alors que l’on voit mal ce que peut être le pronostic d’une maladie disparue. Mais surtout, cette définition parle de la disparition de la variole grâce à des « campagnes internationales de vaccination » sans parler du changement de stratégie opéré par l’OMS.

    Il me semble important de se souvenir de l'importance majeure de ce changement de stratégie évoqué par F.J. Tomiche, chef des services de presse et de publications de l’OMS. Il écrivait dans le journal « Le Monde » du 21/12/1977: « Sur le plan stratégique, l’abandon de la vaccination de masse en faveur de l’approche dite “de surveillance-endiguement” revêtit une importance capitale. Avec ce type d’approche on parvenait à faire complètement échec à la transmission, même lorsque l’incidence variolique était élevée et les taux d’immunisation faibles.»

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