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11 novembre 2012

LES VACCINS EN CAMPAGNE


Conférence de presse (1994) du Ministre de la Santé P.DOUSTE-BLAZY

Quoique l’on pense de l’utilité du vaccin anti-hépatite B et quoi que l’on pense des risques, notamment neurologiques, liés à ce vaccin, il y a un point sur lequel toutes les personnes honnêtes sont d’accord. La campagne de vaccination des années 1994/1995 qui mettant volontairement et mensongèrement l’accent sur le risque de transmission salivaire était excessive.
Dans la revue "Hérodote", Paul BENKIMOUN [1] fait le point sur l’histoire de cette vaccination et écrit ceci (je retranscris intégralement le paragraphe consacré à cette campagne et le fais suivre de quelques remarques):




  "La campagne excessive de 1994" 


Le grand tournant en France a lieu en 1994. Fort des recommandations de l'OMS, des spécialistes des maladies du foie et du Comité technique des vaccinations, le secrétaire d'État à la Santé de l'époque, Philippe DOUSTE-BLAZY, vient annoncer, le 6 juillet, sur le plateau du journal télévisé de Bruno MASURE sur Antenne 2 plusieurs mesures. Jusque-là remboursé, selon le ministre, par la moitié des caisses primaires d'assurance maladie, le vaccin le sera sur tout le territoire.


Surtout, qualifiant cette maladie de "risque infectieux majeur de cette fin de siècle", le Ministre évoque 15000 nouvelles contaminations annuelles en France et affirme que 30 % des personnes touchées par l'hépatite B feront un cancer ou une cirrhose. En réalité, le chiffre est de l'ordre de 20 % et le cancer du foie, dont le risque de survenue est mis en avant, frappe de 2 à 8 % des personnes ayant développé une cirrhose.

Il annonce la mise en place à partir de la rentrée scolaire de septembre 1994 d'un dispositif de vaccination afin que "tous les enfants de 6ème puissent être vaccinés gratuitement". M. DOUSTE-BLAZY en appelle aux médecins généralistes pour que les nourrissons âges de un an soient également vaccinés.

Le ministère de la Santé a lancé cette campagne en collaboration avec le Ministère de l'Education nationale, à la tête duquel se trouve François BAYROU et dont relève la médecine scolaire.Il s'est fixé un objectif: atteindre un taux de 80% de vaccination des nourrissons et des élèves de classe de 6ème. Les grands moyens sont mobilisés : relais par les médias, participation de fédérations de parents d'élèves, campagne de communication fortement soutenue par les industriels fabriquant des vaccins contre l'hépatite B, tournée organisée avec Fun Radio à partir de septembre 1994 du «Camion forum de l'hépatite B », avec dans chaque grande ville deux vedettes de la station : le «Doc» (le docteur Christian SPITZ) et l'animateur « Difool ».

Dans le reportage qui a précédé l'intervention télévisée du Ministre Philippe DOUSTE-BLAZY, le journaliste a assuré que le virus de l'hépatite B se retrouve dans tous les fluides corporels et, outre le sang, le sperme et le lait maternel, il cite la salive et les larmes. Le risque de transmission par la salive, facteur d'inquiétude certain, a très largement été exagéré, notamment lors de la tournée effectuée par le «Camion forum de l'hépatite B», alors qu'il ne figure pas parmi les voies de transmission de l'infection décrites par l'OMS et les spécialistes des maladies infectieuses et hépatiques. Il a surtout eu pour effet d'affoler bon nombre de personnes qui s'imaginaient contracter l'infection par un simple baiser, et les a fait se précipiter chez leur médecin pour se faire vacciner. L'élan a été tel que la ruée vers les pharmacies a engendré des ruptures de stock. Le climat créé par les autorités et les relais de la campagne en faveur de la vaccination ont ainsi fait le lit d'un dérapage majeur.

Financé à hauteur de 7 millions de francs (1,06 million d'euros) par l'un des fabricants du vaccin, SKB, le projet de « Camion-forum » est une idée du Dr Sauveur BOUKRIS, président du Comité français pour l'adolescence (CFA). Cette association privée milite depuis décembre 1992 pour vacciner les enfants contre le virus, selon le journaliste Eric GIACOMETTI, qui évoque là un conflit d'intérêts. »


Quelques remarques complémentaires peuvent être développées sur cette analyse factuelle.



1. Si P. DOUSTE-BLAZY a  pu se tromper à ce  point, s’il a pu citer des chiffres  invraisemblables, c’est parce que  les chiffres réels sont mal connus et mal diffusés. Il serait bon qu’il y ait des études de qualité et que les données soient largement diffusées sous la responsabilité d’organismes crédibles dépourvus de tout lien d’intérêt.

2. Devant cette campagne très excessive, Paul BENKIMOUN évoque un précédent : celui de la grippe  porcine aux USA en 1976. En 1976, les USA se sont lancés dans une vaccination massive contre la grippe  porcine. Dès 1978, ils ont reconnu avoir fait une erreur et une faute. Le rapport, publié en 1978 par le gouvernement américain, est repris dans R.E.NEUSTADT et  H.V.FINEBERG , « The Swin Flu Affair »[2]

Ce rapport est passionnant pour deux raisons. Il est d'abord préfacé par Joseph A. CALIFANO Jr, secrétaire à l’éducation et à la santé. Cette préface est un modèle d’honnêteté  intellectuelle. Il écrit notamment : “In early February 1977, less than two weeks after taking office as Secretary of Health, Education and Welfare, I was faced with a difficult health policy decision: Whether to release stocks of influenza vaccine that had been withheld after use of the vaccine was linked with the Guillain-Barré Syndrome, an often paralyzing and sometimes killing side effect.”

Moins de deux semaines après sa  prise de fonction il devait prendre une  décision importante  urgente en climat d’incertitude : «  As a lawyer and former special assistant to former Secretary of Defense, Robert S. McNamara and President Lyndon Johnson, I had frequently faced situations with little or no initial knowledge of the complex substance of the events or subject matter involved. This swine flu situation surprised and bedeviled me, however, because I knew so little that it was difficult even to determine the questions to ask in an attempt to reach an intelligent decision.”

C’est à dire qu’il reconnaît que bien qu’habitué à faire face à des situations difficiles sans avoir de connaissances précises, il a été encore plus surpris et déstabilisé: "parce que je savais si peu de choses que je ne savais  même pas quelles questions poser pour parvenir à prendre une décision".

Le rapport est par ailleurs rédigé par deux professeurs de Harvard : Richard E. NEUSTADT et Harvey V. FINEBERG. Ils prennent le temps  méthodiquement (sur 166 pages) de réfléchir sérieusement. En passant ils disent un certain nombre de choses essentielles sur les vaccinations en général.

Je ne résiste pas au plaisir de citer ce qu’ils disent de l’immunité de groupe (page 92): "Vaccination strategies differ for different diseases. In smallpox eradication, for example, the idea was to contain disease by vaccinating people in the immediate vicinity of any new cases.” C’est à dire qu’en 1978 ils font allusion à un élément qui encore aujourd’hui est très  peu connu : la variole n’a pas été éradiquée par des vaccinations massives  indiscriminées mais par la vaccination des proches, la vaccination en anneaux ou "ring vaccination".

Et ils poursuivent: “In another instance, children are vaccinated against rubella (German measles) so they will not carry disease to their pregnant mothers. Some vaccination programs aim at herd immunity, achieved by vaccinating enough people to suppress epidemic spread in a population. Some have advocated this approach for influenza.69 However,herd immunity does not seem reliable for influenza at achievable levels of immunization in the population.70 Outbreaks have spread in boarding schools, even when more than 95 percent had been vaccinated.71 Therefore, advocates of influenza vaccination usually stress protection for the individual against the virus and its consequences, without regard for herd effect. This was the prevailing view at CDC in 1976 and is so now. Civilian immunization programs typically focus on the groups at increased risk of death, for example, the elderly and the chronically ill. Military forces try to prevent illness in large numbers of their troops at the same time.


Il  serait  souhaitable de faire le point sur cette campagne excessive contre l’hépatite B telle qu’elle s’est déroulée ne France, non pas pour rechercher et punir les coupables, mais parce que cette erreur a des causes.

On peut à un premier degré dire les laboratoires avaient un intérêt massif à ce que tout le monde croit que le risque était majeur pour tous et ils ont obtenu que tout le monde « marche ».

Ce n’est pas faux mais pourquoi tant de gens ont ils « marché » ? Il y a  certes eu des cadeaux et de l’argent mais fondamentalement la très grande majorité des médecins ont cru en toute bonne foi que… Mais justement qu’ont-ils cru ?


Les laboratoires pharmaceutiques ont mené une campagne indécente et mensongère et dans leur très grande majorité les médecins n’ont pas perçu qu’elle était mensongère. Il me semble que c’est sur ce point qu’il faut réfléchir quelle est la formation des médecins ? Quel pouvoir ont-ils en tant qu’individus et en tant que groupe de s’interroger et d’interroger les  pouvoirs  publics ?

Il existe des revues médicales certaines sont totalement dépendantes de laboratoires, d’autres un peu moins, une toute petite minorité ne l’est pas du tout. Ces revues dans leur ensemble ont plutôt aidé à la diffusion de la confusion et du mensonge. Quelles leçons en tirer ?

Il est intéressant d’avoir  en complément de réflexion le point de vue du Pr. Bernard BEGAUD, responsable de l’unité de Pharmacologie de Bordeaux qui a été beaucoup sollicité lors de cette  campagne de vaccination contre l’hépatite B et qu’il connait donc parfaitement. 

Voici ce qu’il en dit lors d’une audition (motivée par une autre campagne vaccinale, celle de la grippe H1N1) à l’Assemblée nationale [3]:

« Je suis intervenu à l’occasion de l’épisode de la vaccination contre l’hépatite B, qui était une tout autre affaire, ainsi qu’à propos des conflits d’intérêts touchant les experts. Même s’il est difficile de trancher, j’ai alors eu l’occasion de témoigner dans la presse, à la lumière de plus de vingt ans d’expérience sur des sujets chauds, du fait que des conflits d’intérêts s’étaient sûrement produits – et je ne vois pas pourquoi l’affaire de la grippe ferait exception.… Bien qu’ayant été régulièrement sollicité par les médias du fait de ma très forte implication dans l’affaire de la vaccination contre l’hépatite B, j’ai préféré me taire à propos de la vaccination contre la grippe, pour des motifs républicains… La communication des risques – sujet sur lequel travaille mon unité de recherche – a semblé un peu bizarre, pas idéale, même si ce ne fût pas aussi délibéré que lors du fléau de l’hépatite B, affaire qui reste comme le grand traumatisme français, une catastrophe de santé publique…Un certain rejet de la vaccination s’est pourtant développé, parfois rationnel, souvent parfaitement irrationnel, rejet qui s’est concrétisé lors de l’affaire de l’hépatite B. La République n’a jamais soldé le problème et la cicatrice est restée béante. Je ne comprends pas qu’aucun travail n’ait été conduit et qu’aucune décision politique n’ait été prise à la suite de cette affaire… Tant que  la France, aidée par ses spécialistes, n’expiera pas, par une anamnèse ou une analyse publique intégrale, l’histoire de l’hépatite B, la question traînera et resurgira »

"Etonnant non...", comme disait le regretté Pierre DESPROGES.

Jean-Pierre LELLOUCHE 




[1] Paul Benkimoun. Vaccination contre l’hépatite B : succès pour la santé publique dans le monde, controverse en France.  Hérodote 2011/4 (n° 143)
[2] Richard E. Neustadt, Harvey V. Fineberg. The Swine Flu Affair, Decision-Making on a Slippery Diseas.  http://www.iom.edu/Global/News%20Announcements/~/media/Files/About%20the%20IOM/SwineFluAffair.pdf
[3] Commission d’enquête sur la manière dont a été  programmée, expliquée et gérée la campagne de vaccination de la grippe A(H1N1) Mardi 13 avril 2010
http://www.assemblee-nationale.fr/13/pdf/cr-cegrippea/09-10/c0910010.pdf

1 commentaire:

  1. GUENNEBAUD Bernard22 avril 2014 à 14:32

    Je reviens sur l'affirmation des deux professeurs de Harvard, Richard Neustadt et Harvey Fineberg, écrivant (en 1978) que la variole n’avait pas été éradiquée par des vaccinations massives indiscriminées mais par la vaccination des proches, la vaccination en anneaux ou "ring vaccination".

    Dès cette époque, on pouvait savoir (je le savais!) qu'il y avait eu une recherche active des malades (prospection et interrogation des populations en montrant la photo en couleur tirée à 2 millions d'exemplaires d'une petite fille atteinte de variole), leur isolement immédiat, l'identification des contacts (les proches car la variole se transmettait généralement à très faible distance) et leur isolement. Ainsi que la vaccination de ces contacts.

    Tout cela a été mis en œuvre. On pouvait le dire dès cette époque, même si on pouvait ne pas savoir quelle part revenait à chacune des mesures dans le succès final. Il était affirmé alors, au plus haut niveau (Henderson directeur du programme d'éradication), que la vaccination des contacts était efficace dans les 4 jours qui suivaient le contage.

    En s'appuyant sur cette affirmation, notre plan variole 2006 a repris cette disposition vaccinale des contacts en la rendant très contraignante (aucune contre-indication retenue ! ). Or les expérimentations conduites sur des singes depuis 2005 ont toute montré une absence d'efficacité en post-exposition et même en pré-exposition (Earl 2008). Quand la vaccination a lieu 4 jours avant le test modéré (mortel à 50%), les vaccinés ne font pas mieux que les témoins non vaccinés. Aucun résultat publié au delà ( 2 jours avant, le jour même, 2 jours après …).

    Voici la réponse de Earl à Henderson: « Analysis of historical records suggests that primary vaccination within 4 days after exposure to smallpox is usually protective of serious illness. Because the incubation period preceding systemic smallpox is 2 weeks, it is understandable that Dryvax administered only 4 days before an i.v. challenge would not be protective. »

    C'est sévère ! Il est aussi affirmé par plusieurs expérimentateurs que les données utilisées pour valider la croyance en l'efficacité de la vaccination des contacts, étaient anecdotiques ...

    Cette absence d'efficacité de la vaccination des contacts a implicitement été reconnue par l'avis du HCSP du 21/12/2012 recommandant d'utiliser les antiviraux sur les contacts. Cet avis fut publié le 4 avril 2013.

    En février 2013, j'avais déposé une proposition de communication au congrès SFSP-Adelf* des 17-19 octobre 2013 à Bordeaux, congrès organisé par le président du HCSP, lui-même membre du comité scientifique chargé d'examiner les propositions de communications. Son titre était « L'expérimentation animale impose de revoir notre plan contre la variole » alors que j'ignorais l'avis du HCSP …

    Elle fut acceptée, sur poster, ce qui est bien de la part du comité. Pendant les pauses du congrès, le président du CTV, qui avait dirigé l'élaboration de cet avis, a lu mon poster et j'ai pu échanger avec lui. Il m'a dit qu'il ne connaissait qu'une seule vaccination efficace sur les contacts, la rougeole. Je lui ai évidemment fait observer qu'il avait été très vigoureusement affirmé que c'était vrai aussi pour la variole et que cette vaccination des contacts est une disposition majeure de notre plan variole. Il a éludé mon propos ... Qu'on se le dise, la vaccination antivariolique n'a aucune efficacité sur les contacts !

    Alors, qu'est-ce qui a vaincu la variole? Il est reconnu que la vaccination de masse avait échoué (rapport final pour la certification de l'éradication, 1979). Puisqu'il est maintenant reconnu (discrètement … ) que celle des contacts n'avait aucune efficacité, il ne reste que l'isolement des malades et des contacts.

    Après ce congrès j'ai rédigé sur le sujet un long article récapitulatif avec les liens :
    http://questionvaccins.canalblog.com/archives/2013/10/16/28149160.html

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