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22 septembre 2012

AMIANTE, MODE D'EMPLOI


L'amiante, un scandale sanitaire qui s'est étalé sur des décenies

Parce que "l'obligation 
de subir nous donne 
le droit de savoir" 
(Jean Rostand)





Premier acte: Lancement d’une innovation technologique parée de toutes les vertus, sans étude d’impact sanitaire. Les bénéfices attendus sont prioritaires.


L’amiante, minéral à texture fibreuse, commence à être été utilisé dès la fin du XIXème siècle dans un climat de révolution industrielle en pleine expansion, pour ses propriétés de résistance à la chaleur et au feu connues de longue date. Il va servir d’isolant (fours et plaques électriques, garnitures de freins) ou de matériau ignifuge dans le bâtiment (faux plafonds) ainsi qu’à la fabrication d’ardoises ou de fibrociment.

Mais ce produit à la fois performant et économique se révèle aussi être très toxique lorsque ses microparticules sont inhalées. La dangerosité de l’amiante est reconnue très tôt puisque l’on retrouve en 1906 une note d’un inspecteur du travail qui relève une forte mortalité chez des ouvriers d’une filature utilisant ce produit mélangé à des textiles dans des locaux non ventilés.


Acte 2 : Premières alertes non prises en compte et sanction contre les lanceurs d’alerte.

Malgré les maladies pulmonaires qui se multiplient par le biais de fibroses pulmonaires (asbestose),  Il faudra attendre 1945 pour que soit reconnue une maladie professionnelle « consécutive à l’inhalation des poussières de silice et amiantifères ».

En 1976, le CIRC (Centre de recherche sur le cancer) classe l’amiante comme cancérigène avéré chez l’homme. L’amiante est reconnu responsable de l’apparition, souvent des dizaines d’années après le début de l’exposition, d’une fréquence accrue de cancers broncho-pulmonaires ou de la plèvre (mésothéliome). Les personnes particulièrement exposées sont les ouvriers des sites industriels ou les travailleurs du bâtiment utilisant ce matériau ou amenés à le retirer (désamiantage).


Le début des années 90 voit se multiplier les protestations concernant  la présence d’amiante dans de nombreux bâtiments publics. En 1994, la faculté de Jussieu devient le centre de cette contestation avec la création d’un «comité anti-amiante Jussieu», fondé par un lanceur d’alerte, le Pr. Henri PEZERAT, toxicologue de cette université longtemps conspué par la médecine qui ne le reconnait pas comme l’un des siens (Ce n'était qu'un petit toxicologue...). En février 1996 est créée, sous son instigation également, une association nationale des victimes de l'amiante, l’ANDEVA.



Acte 3 : Attitude complaisante des agences de sécurité sanitaire (maintien de réglementations insuffisantes, conflits d’intérêts dans les comités d’experts…)

Malgré la reconnaissance de ces risques graves, les pouvoirs publics, soutenus par la neutralité bienveillante des médecins, laissent  le champ libre aux industriels pour user et abuser de l’amiante en particulier dans le bâtiment. L’heure est d’abord à la reconstruction de la France et à l’expansion économique.


Afin de tenter de calmer les récalcitrants, l’Etat se décharge de ses responsabilités grâce à la création d’un « Comité permanent amiante » chargé d’étudier et de régler tous les problèmes rencontrés.



Les « immortels » de l’Académie de Médecine apportent la caution du corps médical en continuant  à nier, en 1996, la réalité du rôle cancérigène de l’amiante « Le tabagisme demeure la cause essentielle, sinon exclusive, de cancer du poumon d’origine exogène, même chez les professionnels actuels de l’amiante, et les responsables de Santé publique ne doivent pas se tromper de cible dans leurs recommandations » [1]


Claude ALLEGRE, expert plus doué en géologie qu’en toxicologie, abonde dans le même sens en parlant en 1996 «d’un phénomène de psychose collective" à propos d'un "risque mineur".



Acte 4 : La fabrique du doute par l’industrie lorsque l’évidence scientifique se construit.

Le « Comité permanent amiante », financé par le lobby industriel (Eternit, Saint-Gobain), a pour objectif principal d’anesthésier les politiques et les syndicats. En s’attribuant le monopole de l’expertise entre 1982 et 1995, il minimise les dégâts occasionnés par l’amiante sous couvert de la caution de quelques scientifiques choisis et prétend qu’il n’existe pas d’alternative à l’utilisation industrielle du produit [4].



Acte 5 : Prise de distance par les assureurs.

Depuis le début des années 1990, la plupart des assureurs de risques d'entreprise prévoient, dans leurs contrats, l'exclusion des risques liés à l'amiante. En effet, ces derniers n'étant pas mesurables, les assureurs ont considéré qu'ils ne pouvaient les prévoir dans la détermination de leurs tarifs.



Acte 6 : Attentisme des autorités politiques.

Un peu contraints par le rapport international du CIRC, les pouvoirs publics publient en 1977 une réglementation[2] qui commence à imposer quelques mesures préventives sur les lieux de travail de cette industrie. Ce décret restera peu efficace et malgré les décès qui s’accumulent et les protestations qui fusent, les responsables politiques de tous bords banalisent l’importance du problème, considérant que le risque couru par des travailleurs du bâtiment ayant été exposés à de fortes doses d’amiante est un mal nécessaire pour le progrès et le bien-être de la population.



Acte 7 : La crise !


Une expertise collective de l’INSERM estime en 1996 le nombre de mésothéliomes dus à l’exposition à l’amiante à 750 et le nombre de cancers pulmonaires à 1200 par an, soit une estimation de 100.000 décès annoncés pour les vingt années à venir [7].

L'usage de l'amiante ne va finalement être interdit, en France, que tardivement, au 1er janvier 1997[3] après que huit autres pays européens aient déjà pris cette mesure de bon sens. Les Sénateurs rendent en 2005 un rapport étoffé intitulé « Le drame de l’amiante »[4]


Une  directive européenne [5] interdit l'amiante au 1er janvier 2005 dans tous les Etats-membres bien que le Canada, second producteur mondial , ait attaqué sans succès la décision française d'interdire l'amiante devant l'OMC (Organisation mondiale du commerce). Il aura donc fallu plus d’un siècle pour qu’un produit toxique reconnu responsable de pathologies graves à long terme soit définitivement interdit dans nos pays occidentaux. Il faut cependant savoir que l’amiante est encore utilisé malgré tout dans de nombreux pas du Tiers-Monde. Un rapport de L'Association internationale de Sécurité Sociale (AISS) montre que la production d'amiante a tendance à augmenter de nouveau, en particulier en Russie et en Chine, depuis quelques années. Un appel  à l'interdiction mondiale totale de la production et de l'utilisation de tous les types d'amiante a été renouvelé à plusieurs reprises. 


De nombreuses condamnations des employeurs ont été prononcées en France pour maladies professionnelles  résultant d’une faute inexcusable de l'employeur en termes d'obligation de sécurité de résultat, ainsi définie par la cour de Cassation[6]. En Italie, le tribunal de pénal de Turin condamne, le 13 février 2012, les deux plus hauts dirigeants de la multinationale Eternit à 16 ans de prison et à 250 millions d’Euros de dommages et intérêts. L’association française des victimes de l’amiante (ANDEVA) dénonce le contraste «insupportable» entre les situations française et italienne, puisqu’ici, «le procès des responsables n’a même pas commencé».




Dominique LE HOUÉZEC




[2] Décret n° 77-949 du 17 août 1977
[3] Décret n° 96-1133 du 24 décembre 1996
[4] Le drame de l'amiante en France : comprendre, mieux réparer, en tirer des leçons pour l'avenir (rapport).
[5] Directive n° 1999/77/CEE du 26 juillet 1999
[6] Arrêts du 28 février 2002
[7] Effets sur la santé des principaux types d'exposition à l'amiante INSERM Janvier 1997


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