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14 décembre 2013

FRAGMENTS D'UNE PSYCHANALYSE EMPATHIQUE





Les médias aiment qu'on parle d'eux: les présentateurs s'invitent entre eux, certains médecins s'y répandent: je me  rappelle de Jean-Paul Escande qui désertait son service de dermatologie de l'hôpital Tarnier pour commenter sur les ondes une actualité pas toujours médicale. Il paraît certes naturel que les plus doués en communication des médecins puissent aborder différents sujets qu'ils connaissent bien et qui intéressent le grand public. Aldo Naouri, Marcel Rufo, Serge Tisseron sont de ceux-là. Leur pensée claire et leur style alerte contribuent à nous faire mieux comprendre les concepts quelquefois ardus de la psychologie de l'enfant. 



On leur pardonne donc très volontiers de donner des papiers ou des interviews dans les journaux de la  presse grand public car leurs interventions y sont toujours claires et marquées du bon sens.


Serge Tisseron (1) fait autorité dans les domaines des jeux électroniques, de l'internet, du cinéma, de la bande dessinée et des secrets de famille.

Son ouvrage récent "Fragments d'une psychanalyse empathique" (2) a une place à part dans sa bibliographie car s'écartant de ses domaines de prédilection et d'excellence. Il nous livre là des morceaux choisis de sa deuxième tranche d'analyse avec Didier Anzieu... 

Même s'il lui rend plus d'une fois hommage pour sa grande qualité d'écoute et de relation émotionnelle, ce n'est pas un panégyrique béat à Anzieu mais une défense et illustration d'une psychanalyse désencombrée des stéréotypes et du prêt à penser (le divan, la neutralité glaciale, les interprétations fermées, rares et définitives qui servent surtout à valider la théorie préalable de l'analyste). On peut regretter à ce propos que la photo en première de couverture montre un divan et que le texte en quatrième de couverture enfonce le clou en parlant de " l'expérience de Tisseron du côté du divan ", alors qu'il apparaît très vite et clairement dans le texte que Serge Tisseron a fait une thérapie en face à face avec Didier Anzieu (3). 

Serge Tisseron plaide pour une créative co-reconstruction de soi, une co-symbolisation, une mutualisation des efforts qui " permet au thérapeute de gagner sa vie et au patient de cesser de perdre la sienne ". Il réhabilite les moments privilégiés de l'arrivée et du départ où le regard est si important, véritable enveloppe partagée des émotions car le patient doit pouvoir ressentir qu'il a " touché le thérapeute avant de pouvoir penser avec lui ". L'interprétation devient une proposition ouverte, " une sorte de squiggle verbal à deux (4)". 



Les gardiens des temples Freudien ou Lacanien vont frémir en lisant certaines pages notamment quand Tisseron introduit la notion d'empathie à partir d'une lecture originale du film " Intouchables "(5). L'empathie est différenciée de la sympathie, de la compassion,et de l'identification. Tisseron  fait de l'empathie, une pyramide à trois étages dont la base unilatérale est neurophysiologique et manque aux sujets autistes... Le premier étage: l'empathie réciproque est la condition éthique du vivre en paix en société. Quant au sommet, c'est l'intersubjectivité qui peut consister à se voir différent (de ce que l'on pensait) dans le regard porté par l'autre sur nous. 


Et me direz-vous, le transfert (6) dans tout çà ? Revisité par le couple Anzieu-Tisseron, il s'appelle désormais la résonance (affective, émotionnelle) et se nourrit d'empathie et rétablit la confiance.

La psychopathologie a changé depuis Freud et les névroses classiques ont du plomb dans l'aile ! Serge Tisseron souligne à juste titre la fréquence grandissante de deux types de pathologies:   

1- conséquences d'interactions précoces pathologiques dans la relation primordiale aux parents. 

2- dans les suites de traumatismes somato-psychiques.

Ces patients peuvent être pris en charge par le psychanalyste pour autant que celui-ci adopte vis-à-vis d'eux toute la patience et l'empathie nécessaires. Il est permis d'espérer que cela aidera les patients à tisser les mailles manquantes de la symbolisation qui n'a pu avoir lieu dans sa petite enfance ou à retisser les fils rompus par le traumatisme. Même si la restitution ad integrum est illusoire, une certaine restauration de l'estime de soi et du plaisir d'être au monde est un objectif qui en vaut la peine !       
    

Alain QUESNEY


(1) Serge TISSERON est psychiatre et psychanaliste, il est actuellement directeur de recherche au CRPMS (Centre de Recherches Psychanalyse, Médecine et Société) à l'Université Paris 7 Diderot. Il a écrit une trentaine d'essais sur les rapports que nous entretenons avec les images, les objets, ou les secrets de familles. Depuis une dizaine d’années, son intérêt s’est porté sur les jeux vidéo et les mondes en ligne. Son travail s’attache toujours à montrer les relations que nous formons collectivement et individuellement avec les objets et les technologies.

(2) Serge TISSERON. Fragments d'une psychanalyse empathique, Albin Michel, 2013

(3) Didier ANZIEU (1923-1999) est un philosophe, psychanalyste et Universitaire français.


(4) Le pédopsychiatre américain WINNICOTT proposait le squiggle comme support de relation aux rencontres avec les enfants. Voici comment il la présente: « Je ferme les yeux et je laisse courir mon crayon sur la page. C’est un squiggle. Tu en fais quelque chose d’autre puis c’est à toi de jouer ; tu fais un squiggle et c’est moi qui le transforme ». Les deux partenaires participent ainsi à la construction d’un objet commun, objet intermédiaire de leur relation.


(5) Intouchables est un film français réalisé par Olivier Nakache et Éric Toledano, sorti en France en novembre 2011. L'histoire est inspirée de la vie d'un homme tétraplégique, et de sa relation avec son aide à domicile. La relation entre deux hommes issus de milieux différents : l'un, d'origine sénégalaise, vivant en banlieue parisienne, qui vient de purger une peine de six mois de prison et l'autre, riche tétraplégique, qui a engagé le premier venu comme auxiliaire de vie bien qu'il n'ait aucune formation particulière.

(6) "Le transfert en psychanalyse, est essentiellement le déplacement d’une conduite émotionnelle par rapport à un affect infantile, spécialement les parents, vers un autre objet ou à une autre personne, spécialement le psychanalyste au cours du traitement." (Daniel Lagache, 1949)

2 commentaires:

  1. Alain Quesney rendant compte du livre de Serge Tisseron parle de l'empathie et du transfert.Il en parle d’une façon telle que cela donne envie de lire Tisseron et de réfléchir avec lui et d’autres à ces questions.

    Pour ma part, je suis allé voir dans le Dictionnaire illustré des termes de médecine Garnier Delamare 31éme édition 2012 et j’ai lu ceci:
    - Empathie: identification aux pensées ou à l’action d’une autre personne allant jusqu’à ressentir les sentiments de cette personne.
    - Transfert (psychanalyse): acte par lequel un malade reporte sur son médecin les sentiments d’affection ou d’hostilité qu’il éprouvait dès l’enfance et de manière latente pour une autre personne (le plus souvent un de ses parents).

    Je crois que ces définitions sont pauvres, qu'elles ne témoignent pas d'un intérêt réél pour ces questions et qu’elles ne préparent pas les médecins et les étudiants en médecine auxquels ce dictionnaire s’adresse à s’intéresser à ces notions.

    Jean FIORENTINO

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  2. VAN RILAER Jacques8 juillet 2014 à 10:12

    Tous les psys ne pratiquent pas de la même façon, raison pour laquelle il ne faut pas hésiter à passer à un psy d’une autre orientation en cas de stagnation ou de détérioration.

    Freud, après qu’une patiente lui ai demandé de se taire (dans les années 1890), a appliqué la règle de la froideur ("Gefülskalte") des sentiments. Il écrivait : “Je ne saurais trop instamment recommander à mes collègues de prendre comme modèle, au cours du traitement analytique, le chirurgien qui met à l'écart tous ses affects et même sa sympathie humaine et n'assigne à ses forces spirituelles qu'un seul but : mener son opération aussi habilement que possible” (Ratschläge für den Arzt bei der psychonalytischen Behandlung, 1912, Gesammelte Werke, VIII 380).

    Et encore : « La cure analytique doit autant que possible, s'effectuer dans un état de privation, d'abstinence. Aussi cruel que cela semble, nous devons veiller à ce que les souffrances du malade ne s'atténuent pas prématurément de façon marquée » (Wege der psychoanalytischen Therapie, 1919, G.W., XII 187)

    Les psychanalyses constituent un grand capharnaüm, dont un élément commun est l’absence d’études méthodiques des effets des traitements…

    Jacques Van Rilaer

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