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16 septembre 2014

PEUT-ON FAIRE L'ECOLE SANS ECOLE ?

« La culture c’est ce qui reste dans l’homme lorsqu’il a tout oublié »
(Attribué à Edouard HERRIOT, 
« Notes et maximes »)
  

  Dans presque tous les pays, dont la France, ce n'est pas l'école qui est obligatoire, mais l'instruction des enfants entre six ans et seize ans. Du fait de la complexité et des débats entourant la pédagogie et ses objectifs, des alternatives à l’école publique d’Etat sont possibles. Les parents peuvent choisir de confier l’éducation de leurs enfants à une école privée ou de les instruire eux-mêmes chez eux. C’est ce dernier choix de faire l’école en se passant de l’institution scolaire que je voudrais aborder, avec l'assistance technique et le regard croisé d'une mère d'enfants scolarisés à domicile.



La définition de l’école du dictionnaire en ligne Wikipédia indique qu’il s’agit d’un « établissement où l'on accueille des individus appelés « écoliers » afin que des professeurs leur dispensent un enseignement de façon collective. Le mot école vient du latin "schola", signifiant « loisir consacré à l'étude » lui-même dérivé du grec "scholè". C’est-à-dire que, dans l’antiquité, l’école était considérée comme un idéal, un privilège agréable permettant à une certaine caste d’accéder à un savoir par opposition aux populations destinées aux tâches productives. 

Si Jules Ferry a permis à toutes les classes sociales françaises de pouvoir accéder, dès 1882, à une instruction gratuite et obligatoire, la pédagogie utilisée par cette éducation en milieu scolaire est fréquemment remise en cause et l’objet de réformes  incessantes qui  sont les témoins de ses imperfections.

EN QUOI L’ENSEIGNEMENT SCOLAIRE FRANÇAIS DYSFONCTIONNE-T-IL?



Le dernier classement (4.12.2013) PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) réalisé par l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques) classe la France à la 25e place sur 65 pays participants [1]. Plus que ce résultat global médiocre, c’est la disparité des élèves qui est manifeste. Notre système scolaire, créé pour tous, est en fait devenu au fil du temps une machine à favoriser les élites, très peu capable de faire progresser les classes défavorisées. Les enfants de faible milieu socio-économique ou issus de l’immigration sont les principaux candidats à l’échec scolaire.

Ce classement ne reflète pas bien sûr toutes les données du problème scolaire français. Les principaux reproches que l’on peut pointer dans ce système sont cependant multiples et criants :

- L'assouplissement de la carte scolaire favorise l’amplification des inégalités socio-culturelles en empêchant la mixité scolaire et crée une école à deux vitesses. 
- Les efforts sur les établissements situés en zone défavorisée (les « Zones d’Education Prioritaires " ou ZEP) seraient à renforcer.
- Les classes surchargées sont forcément sources de démission des enfants en difficulté et les confine assez vite dans un échec programmé.
- Malgré leur meilleure volonté et leur conscience professionnelle,  la formation initiale et la formation continue des enseignants est à réactualiser de même que leur plus juste rémunération (pas seulement à l’ancienneté)
- Les programmes scolaires placent les connaissances au-dessus des compétences (communication, organisation,  résolution d’un problème) ainsi que des attitudes (estime de soi, travail en groupe, confiance en l’autre)
- Le système de notation (que ce soit par chiffre ou lettres) place l’enfant dans une atmosphère de perpétuelle compétition

- Le climat de tension et d’anxiété des élèves est maintenu par une peur permanente de l’échec qui ne devrait être interprété que comme une non-acquisition à réexpliquer.
- La pression parentale entretenue par le climat économique se centre sur les seuls résultats et renforce le stress de l’enfant.
- Les résistances aux modifications des rythmes scolaires qui imposaient des journées « marathon » aux jeunes enfants qui deviennent alors imperméables aux apprentissages proposés à certaines heures [2]
- la dévalorisation des filières professionnelles qui sont encore trop considérées comme des lieux de relégation d’élèves en échec scolaire et non comme une chance d’insertion professionnelle plus précoce.
- Le caractère artificiel d’objectifs et quota arrangés comme l’obtention des "80% d’une classe d’âge de réussite au bac" plutôt que l’acquisition d’une réelle qualification professionnelle.


QUE POURRAIT-ON AMELIORER ?



Lorsque l’on regarde d’autres systèmes scolaires, celui de la Finlande [3] parait se singulariser par des particularités qui lui assurent une réussite exemplaire (97% d’élèves diplômés en 2010). 

Les classes ont de petits effectifs. Les cours de durent que 45 mn entrecoupés de périodes de jeux. Moins d’heures totales de classe sur l'année avec des journées courtes (9 H à 13-14 H). Priorité aux activités de petits groupes et en autonomie. Pas ou peu de devoirs le soir. Le soutien par des tuteurs est systématique dès qu’un élève souffre d’un retard dans ses acquis et les redoublements sont exceptionnels. Bienveillance des enseignants envers tous les élèves. Cours intensifs de finnois aux enfants de populations immigrées. Valorisation des formations techniques et professionnelles en secondaire après un tronc commun unique entre 7 à 16 ans. Formation initiale de qualité des enseignants (5 ans) dont la profession est très valorisée. 


En France, la période de l’entre-deux guerres avait fait naitre des réflexions et des écoles expérimentales, tentatives de réponse aux besoins propres de chaque enfant et visant à la formation d’un citoyen éclairé et attentif à la personne humaine (liberté, égalité, fraternité). Des pédagogies dites " nouvelles " (Anna Montessori, Célestin Freinet) ont mis en avant l’épanouissement personnel de chaque enfant et sa participation à son propre développement personnel et intellectuel au travers de méthodes où l’enfant est acteur et non plus spectateur. L'éducation est globale, les domaines éducatifs sont égaux dans leur importance lors de l'apprentissage, que ce soit du domaine intellectuel, artistique, physique, manuel ou social. On ne peut pas instruire sans éduquer ni éduquer sans instruire.

Ce courant de remise en cause de l’enseignement vertical s’inspirait de préceptes déjà esquissés lors de la Renaissance quand Rabelais nous énonçait son aphorisme fameux « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Puis Montaigne, dans la même veine, écrivait alors que « l'enfant n'est pas un vase qu'on remplit mais un feu qu'on allume » et qu’il lui fallait comme enseignant « choisir un conducteur qui eût plutôt la tête bien faite que bien pleine ».  

Dans les années 1970, un courant de pensée reprend cette recherche d’alternatives à la scolarisation classique. Des penseurs comme Ivan Illich [4] remettent en doute l'efficacité de l'école, compte tenu de ses limitations dues à son caractère institutionnel alors qu’elle donne l'impression d'être la seule capable de s'en charger. Ce n'est pas l'école qui apprend à l'enfant à parler, à jouer, à aimer, à sociabiliser, le goût de la lecture souligne-t-il… L’essayiste libertaire Christiane Rochefort [5] dénonce l'oppression subie par les enfants et les institutions qui les formatent. La journaliste Catherine Baker [6] met en avant un combat contre la soumission, l’enfermement et justifie la non-scolarisation. Le philosophe Michel Onfray a aussi un discours très dur envers ce qu’il qualifie de « machine scolaire » qui « produit des singes savants, des consommateurs, des sujets dociles…»

POURQUOI  LE CHOIX DE L’ECOLE A DOMICILE ?


Cette éducation alternative à la scolarité en institution a des dénominations anglo-saxonnes diverses « homeschooling » (école à la maison), « unschooling » (déscolarisation). En zone francophone on parle volontiers d’instruction en famille (IEF),  d’école à domicile ou plus familèrement de « non-sco » et « désco ». Ce mouvement a pris une importance notable dans les pays anglo-saxons (Royaume-Uni, États-Unis) à partir de la fin des années 1980. Cette liberté de choix est actuellement possible dans la majorité des pays. Par contre en Allemagne, presque tous les « Länder » (régions) rendent obligatoire la fréquentation d’une école publique ou privée (reconnue par l’État). Quelques familles allemandes choisissent de passer la frontière pour s’installer dans un pays moins coercitif en matière d’instruction. En Suisse, la législation varie selon les cantons.


La motivation première de cette IEF repose sur la nuance, ou plutôt la différence entre les notions d’instruction et d’éducation. L’Etat met en avant l’obligation d’instruire les enfants, c’est-à-dire de leur faire apprendre des connaissances, acquérir des compétences ainsi qu'un savoir (nécessité, goût et plaisir d'apprendre). L’éducation apporte en plus la transmission de valeurs sociales, morales voire religieuses que certains parents considèrent, à juste titre, comme étant surtout de leur propre ressort. Les psychanalystes pensent en effet que cette transmission familiale concerne aussi bien le passé (histoire de l'humanité et histoire familiale), le présent (convictions, culture) que l'avenir (projets familiaux et personnels). La transmission maître-élève est donc différente et complémentaire de cette transmission familiale. 


En France, l’autre moteur important semble être d’ordre psychologique. Cette éducation à la carte permet de respecter la liberté et l'épanouissement spontané de chaque enfant. Elle privilégie un apprentissage, au jour le jour, de la vie "sociale", permettant à l’enfant de devenir un adulte mature à la fois libre, créatif et autonome. L’adulte enseignant n’est pas là pour donner un cours à un "apprenant", le surveiller, le juger, évaluer, critiquer, sanctionner, mais plus pour transmettre un savoir, commenter les apprentissages, favoriser l'écoute et le soutien de l’enfant. L’enfant découvre le monde qui l'entoure et le questionne au fur à mesure de ses expériences quotidiennes. il attend des réponses pour satisfaire un désir d'apprendre dans un ordre aléatoire. La contrainte extérieure et le cadre éducatif rigide sont remplacés par une curiosité et une motivation internes. L’apprentissage est volontiers autonome mais guidé et transversal (la visite d'un marché permet d'aborder l'agriculture, les saisons, le rôle du soleil et de l'eau mais aussi l'alimentation, la cuisine ainsi que l'argent et le calcul mental...). La plupart des parents qui ont choisi l'IEF, n’ont pas la volonté de rejeter l’école ni de la remplacer, mais de proposer des apprentissages distincts et surtout une manière d’apprendre différente.


Motivations parentales pour choisir le homeschooling aux USA (Wikipedia)

L’IEF semble rester actuellement très marginale en France puisque l’Education nationale recensait (pour l’année scolaire 2005-2006) 2869 enfants instruits en famille sans cours par correspondance et 5989 enfants pour le niveau élémentaire inscrits au CNED. Elle est beaucoup plus fréquente dans les pays anglo-saxons (2,9% des enfants américains).


RESTER DANS LES CLOUS LEGISLATIFS


La législation française définit précisément les objectifs à atteindre lors de l’instruction dont a droit tout enfant : « Le droit de l'enfant à l'instruction a pour objet de lui garantir, d'une part, l'acquisition des instruments fondamentaux du savoir, des connaissances de base, des éléments de la culture générale et, selon les choix, de la formation professionnelle et technique et, d'autre part, l'éducation lui permettant de développer sa personnalité, son sens moral et son esprit critique d'élever son niveau de formation initiale et continue, de s'insérer dans la vie sociale et professionnelle, de partager les valeurs de la République et d'exercer sa citoyenneté. » [7]  Un enfant français qui habite à l'étranger n'est pas concerné par l’obligation de l’instruction, il est soumis à l’application de la législation du pays qui l’accueille.



Lorsque la décision des parents est prise de prendre en charge eux-mêmes cette éducation, quelques démarches administratives s’imposent. Ceci fait référence à l’article L 131-2 du Code de l'Education relatif à l'obligation scolaire qui dit que «L'instruction obligatoire peut être donnée soit dans les établissements ou écoles publics ou privés, soit dans les familles par les parents, ou l'un d'entre eux, ou toute personne de leur choix ». Une déclaration écrite doit donc être envoyée à l’Inspection académique concernée. Une déclaration en Mairie est parallèlement réalisée  comme le demande l’article L 131-5. Ces déclarations, mentionnant le nom, la date de naissance et l’adresse sont à renouveler au début de chaque année scolaire pour le ou les enfants concernés.

Un contrôle du contenu des connaissances requis des enfants instruits dans la famille est obligatoire tous les ans [8]. Il est réalisé par un Inspecteur d’académie parfois assisté d’une conseillère pédagogique. Il est demandé que « l'acquisition de ces connaissances et compétences soit compatible avec l'âge de l'enfant et son état de santé, tout en tenant compte des aménagements justifiés par les choix éducatifs effectués » [9]. Il faut donc que l'enfant obtienne à la fin de la scolarité obligatoire (16 ans) ce qui est qualifié de « socle commun des connaissances » [10] avec un niveau au moins comparable à celui d'un élève scolarisé. Cependant, l'instruction ne doit pas obligatoirement respecter les programmes de l'éducation nationale pour chaque niveau, puisque la famille choisit librement les moyens et les méthodes.

La famille ne peut pas s'opposer aux contrôles pédagogiques annuels. Ces visites de l’administration en charge de l’éducation sont bien sûr plus ou moins faciles, tendues ou stressantes selon la personnalité de l’Inspecteur et des parents ainsi "inspectés". Certains inspecteurs vont vaguement regarder le travail de l’enfant, d'autres ne sont pas intéressés du tout, la seule chose qui compte étant de cocher des cases sur leurs feuillets. D’autres heureusement sont bienveillants et aidants. Il faut reconnaitre que le rôle des inspecteurs est d’autant plus difficile qu’ils sont à la fois juges et parties.


Ces contrôles restent cependant très difficiles en France pour des familles optant pour le « unschoolling », ou qui ne suivent pas les progressions attendues selon l'âge de l'enfant. Claudia Renau (ancienne enseignante agrégée de géographie) a publié en juin 2012 «L'apprentissage informel expliqué à mon inspecteur» [11] dans le but d'aider les familles à préparer ces contrôles.

Lorsqu'un inspecteur juge le niveau de l'enfant insuffisant, il peut demander un second contrôle. Les parents peuvent être mis en demeure de scolariser leur enfant dans l'établissement scolaire de leur choix si ce second contrôle est insuffisant. Certains parents entreprennent alors des démarches juridiques, un procès peut être ouvert à la demande de l'une ou l'autre partie. Ce cas de figure parait heureusement exceptionnel.

Un contrôle social est effectué parallèlement tous les deux ans par une assistante sociale ou le Maire de la commune lui-même. La raison officielle est « d'établir quelles sont les raisons alléguées par les personnes responsables, et s'il leur est donné une instruction dans la mesure compatible avec leur état de santé et les conditions de vie de la famille ». Certaines communes zappent cette surveillance probablement par manque de moyens ou par appréhension de faire subir une intrusion intrafamiliale excessive en l’absence de signaux d’alerte sociaux.

Ce regard rythmé et croisé (de l’Inspection académique et du Maire de la commune de résidence) évite, en France, une possible déviance de l’instruction en famille qui ne servirait que de prétexte pour l’inclusion d’enfants dans un mouvement sectaire. 

L’ECOLE A LA MAISON, COMMENT CA MARCHE ?


La décision de ne pas scolariser son enfant n’est pas un coup de tête, mais une décision qui est la plupart du temps longuement réfléchie par les parents. Le ou les enseignants peuvent être les parents et/ou une personne de leur choix. Aucun diplôme particulier n'est requis pour assurer l'enseignement.

L’instruction en famille (IEF) reste l’appellation la plus officielle bien que ce terme reste marqué par l’école et par le principe qu’apprendre serait extérieur à l’individu. Il est aussi très réducteur car les apprentissages ne se limitent pas au cercle familial, bien au contraire. L’idée de l’IEF, c’est que tout peut être une situation d’apprentissage et finalement on peut dire que tous les parents pratiquent instinctivement l’instruction en famille.

Ce parcours commence par un grand saut dans l’inconnu. Heureusement, grâce à internet, les familles « désco » peuvent trouver une multitude de ressources et les conseils de parents expérimentés sont surement indispensables. Les approches expérimentales de cette instruction à domicile sont en fait variées.

Les « homeschoolers » font souvent appel, en tant que support durant l'année scolaire, à des cours par correspondance via un centre public comme le CNED (Centre National d'Enseignement à Distance) [12] ou son équivalent belge l’EAD (enseignement à distance Wallon) [13] ou encore des cours privés. D’autres parents s'accompagnent de divers supports spécifiques (logiciels éducatifs, manuels scolaires, ressources Internet…) qui peuvent faire référence à des pédagogies particulières (Montessori, Steiner, Freinet…).

Des sites internet permettent d'accéder à des données diverses et variées:

- le site "Kartable" qui se donne pour but d'aborder "toutes les matières, toutes les classes, tout gratuit" (programmes de 6ème à la terminale).
- le site "Carpe diem" se base sur l'élaboration et la diffusion de produits culturels, pédagogiques en traitant chaque sujet de façon à la foi instructive et ludique (des "lapbooks" et des "notebooks"), pour les plus petits et les plus grands.
- le site canadien "Défi mathématiques" site gratuit et fiable pour l'apprentissage des maths de 4 à 12 ans. Pour les plus grands, on peut aller piocher sur le site "Math en poche".
- Pour la biologie, la physique, la technologie, on peut que conseiller le site de la fondation "La main à la pâte".
- Pour l'apprentissage de l'anglais, pourquoi pas "Learn English kids"

Et puis bien sûr, pour toutes les matières scolaires et moins scolaires, les médiathèques sont des mines d'or quasiment inépuisables.

Pour les « unschooleurs », l'apprentissage est libre et autogéré, puisqu'en France les parents ne sont pas obligés d'adopter les méthodes et les programmes de l'Éducation Nationale. Ils peuvent suivre leur propre ordre de progression mais auront à acquérir en fin de parcours le « socle de connaissances » exigé par le Ministère.

Avantages de l'IEF. Comme on l’a vu précédemment, les apprentissages peuvent se faire de façon plus individualisée qu’à l’école, avec un rythme plus adapté et un approfondissement individualisé des matières où l’enfant semble plus en difficulté. Il n’y a pas de notation ni donc de pression autour des résultats à tout prix et donc un meilleure estime de soi. D’autres apprentissages (artistiques, culturels, sportifs, culinaires, vie pratique…) peuvent être associés à la carte de façon plus souple et avec des horaires aménagés, même si un cadre général est défini d'emblée.

Inconvénients financiers. La gratuité des cours délivrés par le CNED  n’est accordée qu’aux élèves pour lesquels cette option est une obligation (handicap, activité artistique ou sportive, parents itinérants…) et exceptionnellement s’il s’agit d’un choix parental. L'attestation d'instruction dans la famille adressée par l’Inspection académique doit être adressée à la CAF pour bénéficier des allocations familiales. Le choix de l’école à la maison ne permet pas de toucher l’allocation de rentrée scolaire ni de délivrance de bourses en secondaire.

Contraintes humaines. Une disponibilité importante, une bonne organisation et  une motivation à toute épreuve sont des prérequis indispensables. Cette disponibilité à plein temps est d’autant plus forte et fatigante que le nombre d’enfants pris en éducation à domicile est élevé. L’absence de soucis financiers est aussi un critère indispensable puisque l’un des deux parents s’exclue quasiment de toute activité professionnelle. Il parait enfin nécessaire que le parent chargé de l’IEF ait un bagage de connaissances de base suffisant et quelques notions pédagogique avec en particulier une qualité d’écoute et de patience notables. 

Inconvénients psychologiques. Le rapport parent–enfant n’est jamais neutre ni toujours simple. Cette cohabitation permanente peut devenir pesante et difficile à assumer pour certains enfants, mais aussi pour certain parents. Des conflits autour des apprentissages peuvent être l’objet de tensions, de refus, de rébellion, de résistance passive. La période de l’adolescence est en particulier propice à cette opposition (normale) à l’autorité parentale (et en particulier envers le parent de même sexe).


On met souvent en avant le problème du manque de socialisation de l'enseignement en famille. Pour le dictionnaire Larousse, la socialisation est un « processus par lequel l'enfant intériorise les divers éléments de la culture environnante (valeurs, normes, codes symboliques et règles de conduite) et s'intègre dans la vie sociale ». La famille est le premier intervenant de cet apprentissage de l'environnement et de la microsociété familiale. L’enfant peut ressentir le manque d’échanges avec ses pairs. Le fait de ne pas côtoyer de camarades peut être vécu comme un manque. Il peut en découler une certaine désocialisation, un manque d’expérience de vie en communauté et de la disparité socio-culturelle. L’inscription à des activités extra-scolaires en tous genres peut y pallier quelque peu. Il faut surement aussi favoriser les expériences dans des lieux de vie courants (cinéma, théâtre, musée, concerts, cirque, ferme, marché, shopping, ateliers...) ou des vacances loin du cocon familial.

L’autonomisation de l’enfant est plus facilement acquise en ce qui concerne les apprentissages qu’on lui propose. Son autonomie pour la vie en société à l’âge adulte peut en être moins aisée et certains pourraient arriver à redouter la société et la vie extra-familiale s’ils n’ont pas été habitués à s’y fondre régulièrement. 

Pour certains psychologues, la confusion parents-enseignants ou père-maître pourrait aussi être dommageable. Dans la Bible, Moïse était celui qui apportait les tables de la loi et Abraham, le père qui transmettait la loi (mais sans l'enseigner). De même le père n'aurait pas à transmettre par l'enseignement ses valeurs et ses lois, mais à les faire connaitre et reconnaitre surtout par ce qu'il est.

L’absence de « contre-pouvoir » à l’autorité parentale peut aussi poser problème. Certains parents seraient tentés de répondre au plaisir naturel de ne transmettre que leurs connaissances et leurs seules valeurs, une "pensée unique" sans cultiver l’ouverture à d’autres groupes sociaux, d’autres cultures. L’esprit critique et de jugement risquerait de s’en trouver amputé ensuite à l'âge adulte. L'écueil d'un toute puissance maternelle devra aussi être évité, en veillant à laisser intacte la place du père et à accepter et même favoriser l'autonomie progressive de chaque enfant au fur et à mesure de sa croissance, ses acquisitions et ses expériences. 

COMMENT CHOISIR LA MEILLEURE VOIE ?


Depuis Montessori et Freinet, les réflexions autour de l’amélioration de la pédagogie continuent de germer. Comment comprendre, comment bien apprendre?   


L’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique) a par exemple mis en place un laboratoire de réflexion sur l’enseignement, le CERI (Centre pour la Recherche et l’Innovation dans l’Enseignement)  [14].  Ses experts reconnaissent qu’il y a « beaucoup à apprendre des méthodes d’enseignement novatrices pour façonner un enseignement plus efficace ».  Deux ouvrages  sont déjà parus à propos des données récentes en matière d’apprentissage: « Comment apprend-on ? » [15]  et  « Comprendre le cerveau » [16]. Rien n’est simple ni uniforme si on lit bien ces passages : " Comment font les gens pour apprendre au mieux ? Et ou aiment-ils le mieux apprendre ? Certains préfèrent apprendre chez eux, d’autres au travail, d’autres à l’université. La réussite remarquable de la scolarité à domicile pourrait avoir des implications révolutionnaires. Il existe apparemment une multitude de styles d’apprentissages, définies par exemple en fonction d’un médium (l’œil, l’oreille, la main) ou d’un type d’intelligence préféré, ou encore du sexe, de la préférence pour la théorie ou la pratique, de la méthode, par incréments ou en commençant par la fin, ainsi de suite. Nous sommes encore loin d’avoir élaboré une théorie adéquate, et une analyse pratique des styles d’apprentissages… Ce que nous savons c’est que la réussite est probable si l’apprenant a une grande assurance et une bonne estime de soi, a une forte motivation pour apprendre."


Si l’éducation parallèle ne peut par définition devenir la norme, elle n’en joue pas moins un rôle novateur important en favorisant la mise en application et la circulation de nouvelles idées qui sont parfois prises en compte par le système "officiel". Ce type d’éducation ne convient cependant pas forcément à tous. Il nécessite des moyens, des compétences et une disponibilité parentale de longue haleine. Une réflexion sérieuse et prolongée des deux parents est indispensable avant d'être certains de s'engager sur la bonne voie où un accompagnement sérieux et expérimenté s'impose.


Dominique LE HOUEZEC


Je remercie infiniment Bénédicte P. qui m'a donné l'idée de travailler ce sujet, m'a grandement aidé à réfléchir et à collecter des informations multiples sur l'IEF dont elle a une longue expérience bénéfique. Elle nous livre son témoignage personnel tout en bas de cette page, témoignage vivant, attentif, chaleureux et plein d'enseignements.
Je dédie ce texte aux enfants de Bénédicte et d'Olivier que j'ai eu le plaisir de connaitre lors de leur vie Caennaise et d'accompagner en tant que Pédiatre sur leur parcours de santé. Ils m'ont tous laissé le souvenir d'enfants vifs, épanouis et heureux de vivre.

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Pour aller plus loin sur le sujet de l’école à la maison, on peut conseiller:

Le portail de l'instruction en famille
Association québéquoise pour l'éducation à domicile
LAIA (Libres d'apprendre et d'instruire autrement) Association pour l'instruction en famille
CISE (Choisir d'instruire son enfant)
André STERN "...Et je ne suis jamais allé à l'école" Acte Sud (2011)
Charlotte DIEN "Instruire en famille" Ed. de l'Echiquier (2013) 
Claudia RENAU "L'apprentissage informel expliqué à mon inspecteur" (2012)  
Jean-Pierre LEPRI "La fin de l'éducation? Commencements..." Editions l'Instant Présent (2012) 
Audrey AKOUN, Isabelle PAILLEAU "Apprendre autrement avec la pédagogie positive" Editions Eyrolles (2013)
Le blog de Rémy & Cécile L'école à la maison 
Le blog de Catherine DUMONTEIL KREMER « Elever son enfant autrement » 

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Références:

[1] Le Monde de l’éducation « Classement PISA : la France championne des inégalités scolaires » (4.12.2013)
[2] Dominique Le Houézec - Les rythmes scolaires pour les nuls (19.09.2013) 
[3] Ecoles du monde- Acteurs en éducation. Finlande 
[4] Ivan ILLICH. Une société sans école , Seuil, 1971 (titre original: Deschooling Society)
[5] Christiane Rochefort . Les Enfants d'abord, Bernard Grasset, collection Enjeux, 1976
[6] Catherine Baker. Insoumission à l'école obligatoire, éd. Bernard Barrault,1985 
[7] Code de l’éducation –L’obligation scolaire- Article L131-1-1
[8] Code de l’éducation -L’obligation scolaire - Article L131-10, 11 et 12
[9] Code de l’éducation - Contrôle du contenu des connaissances requis des enfants instruits dans la famille Article D 131-11 et 12
[10] Le socle commun des connaissances et des compétences- Décret du 11 juillet 2006
[11] Claudia RENAU. « L'apprentissage informel expliqué à mon inspecteur» Editions l'Instant Présent  (juin2012)
[12] CNED
[13] EAD
[14] CERI 
[15] ODCE « Comment apprend-on ? La recherche au service de la pratique » Editions ODCE (10.11.2010)
[16] OCDE « Comprendre le cerveau. Vers une nouvelle science de l'apprentissage ». Éditions OCDE (03.10.2002)


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LA VRAIE VIE DE L’INSTRUCTION EN FAMILLE


Antoine, notre ainé, a eu du mal à s’adapter au système scolaire, il en a beaucoup souffert. Par ignorance, nous ne l’avons pas correctement accompagné alors qu’il demandait clairement à ne pas aller à l’école. Tout ce que j’ai pu faire c’était  le garder à la maison dès qu’il éternuait, ça faisait une excuse, ne pas lui infliger la cantine et la garderie, ne pas le laisser l’après-midi même en moyenne section, sa pire année. Je croyais, bien à tort, que c’était à Antoine de s’adapter, que « l’instit » avait forcément raison et que si cela ne se passait pas bien, c’est que nous les parents n’avions pas su amener Antoine a un bon degré d’autonomie et avions forcément raté quelque chose. 

Quand mes enfants allaient à l’école, tout cela me préoccupait mais ma réflexion n’était pas construite, pourtant je sentais bien un petit vent de révolte au fond de moi, sans savoir comment faire autrement. Aujourd’hui, je n’ai vraiment plus du tout la même vision des choses.

Quand Mimi, qui était une enfant pleine de vie, de joie, d’énergie a commencé à demander à ne plus aller à l’école, alors qu’elle avait plein de copines, qu’elle était dans une classe avec une « instit » de grande expérience, une femme intéressante, agréable, en qui j’avais confiance, il ne lui a pas fallu beaucoup de temps pour nous convaincre.

Et c’est ainsi qu’un beau matin de décembre, après un début de CP qui se passait tout à fait bien scolairement, Mimi a été officiellement déscolarisée. Comme pour une naissance, l’instant est très présent dans ma mémoire. Nous sortons de l’école, sa petite main confiante dans ma main, elle sautille près de moi, elle est folle de joie. Je sens un grand vertige car à partir de maintenant, je suis 100% responsable et je me demande si je vais savoir. C’est la question souvent posée par les parents qui franchissent ce cap.

Souvent, la déscolarisation intervient à la suite de déboires avec l’institution. Décider que son enfant n’ira pas à l’école dès le départ, c’est plus rare et c’est encore plus fort je trouve. Ce qui me parait le plus grave ce fameux jour, c’est de me sentir à 100% responsable. Et avant je ne l’étais peut-être pas ? Comment ai-je accepté que d’autres que moi se chargent de l’éducation de mes enfants ? Décident de ce qu’ils devaient ou non apprendre et à quel âge et de quelle façon ? Aujourd’hui, l’idée que Simon, notre dernier enfant, pourrait se retrouver enfermé dans une école toute la journée me fait frémir, cela me semble inenvisageable.  Au début, je n’étais pas très sûre de moi, je sentais juste que je devais le faire pour Mimi et c’est ce qui a convaincu Olivier, mon conjoint,  alors que je n’avais pas beaucoup d’arguments. Maintenant, j’en ai plein !

Mimi et moi avions une relation très spéciale. J’avais une confiance absolue en elle, en ses capacités et comme j’avais déjà fait beaucoup de chemin grâce à ses aînés, tout était simple, facile et surtout très joyeux. Au tout début, avec Mimi, il n’y avait pas d’emploi du temps. Nous passions du temps à jouer et à lire, à faire la cuisine ensemble, à nous promener. Elle avait plusieurs cours collectifs au conservatoire et continuait à être au contact avec des groupes d’enfants. Elle devait aussi sûrement faire de la gym ou une activité sportive. Le vendredi matin nous allions toutes les deux au marché, nos marchands préférés ont fini par s’habituer à la voir chaque semaine. Elle pouvait aller seule acheter une douzaine d’œufs et se débrouiller avec la monnaie. Elle allait choisir son fromage de chèvre chez une petite grand-mère dont nous avions visité le modeste élevage.

J’avais fait l’expérience en moyenne et grande section de l’apprentissage de la lecture avec elle, à sa demande. On travaillait beaucoup à l’oral sur le son des mots, au début, à la fin, puis au milieu. Puis j’ai acheté un petit manuel pour suivre une progression d’apprentissage un peu construite. J’utilisais juste la progression des phonèmes en me disant qu’il y avait peut-être, sûrement, une progression logique qu’il fallait suivre. Mais je laissais de côté les textes pour inventer les nôtres, afin qu’ils soient plus adaptés au vécu de Mimi, genre « Mimi va au marché avec maman »… En trois mois à peine, à raison d’une heure de travail par jour et parfois moins, elle savait lire, d’une manière absolument fluide, « avec le ton » et montrait une compréhension très fine de ses lectures. C’était impressionnant. Son écriture était également excellente. Pas de miracle pourtant, elle a simplement appris dans la confiance et le plaisir, sans l’angoisse du résultat et de la notation.

Chaque rentrée était l’occasion de choisir comment  s’organiser. Nous avons fonctionné avec des emplois du temps, pour donner un cadre, parfois sans emploi du temps, avec des cours du CNED et des cours de l’EAD pour le primaire (l’équivalent du CNED en Belgique). Quand Simon était tout bébé, il n’était pas rare que je me réveille le matin après Clémence et Mimi. Et je constatais que les filles ne m’avaient pas attendue, elles avaient pris leur petit-déjeuner et travaillaient.

Après toutes ces années, tout ce que j’ai pu constater, c’est tout à fait le contraire de ce que l’on entend généralement. Les enfants ont réellement envie de travailler, apprendre c’est naturel et vital. Ces observations m’ont conduites à sortir de la logique d’un apprentissage venu d’en haut débouchant sur une évaluation-notation. Ce qui me dérange à l’école c’est cette logique du travail pour la note. On termine un chapitre par une évaluation et que la note soit bonne ou mauvaise, on passe au chapitre suivant. Mais alors, celui qui a une mauvaise note ? Non seulement il reste sur un échec, mais ce qui aurait dû être acquis ne l’est pas. Comment peut-on passer des années et des années à l’école et être mauvais en maths ou incapable de parler anglais ? Autant je suis d’accord pour dire que les enfants peuvent avoir des facilités dans certains domaines, autant un enfant qui a un intellect normal n’a pas à être en difficulté dans une matière. Sinon à quoi sert l’enseignant, s’il est là pour ceux qui avancent seuls ? Pourtant on trouve ça normal, le « prof » va dire il n’est pas bon en maths et voilà, et une fois le constat fait, on en reste là et l’élève estampillé pas bon en maths le restera et sortira du système pas bon en maths. C’est bon pour la confiance et l’estime de soi !

Le contact avec les pairs, et surtout avec les adultes est facile car pas formaté. Parfois les filles ont regretté le manque de copines, surtout depuis notre arrivée à Strasbourg. C’est peut-être le seul inconvénient réel de l’IEF.  Et encore tout dépend du lieu. A Paris, il semblerait que le réseau soit très actif, que les possibilités de rencontres soient plus nombreuses et les possibilités d’activités et de sorties en groupe plus riches. 

Lorsque que l’on aborde le sujet de l’IEF, immanquablement survient la question de la socialisation. Pourtant, pour chaque individu qui compose la société, l’intégration dans la vie sociale suit un parcours tout à fait personnel. Pourquoi devrait-il en être autrement des enfants non scolarisés ?

Quand les enfants disaient qu’ils n’allaient pas à l’école, parfois leur interlocuteur marquait de la surprise, parfois on ne les croyait pas tant cela semble impossible. Mais le plus souvent on leur répondait, enfants comme adultes, qu’ils avaient de la chance. Dans la famille, cela a été plutôt mal perçu. Parmi nos amis en revanche, cela a suscité de la surprise, beaucoup de questions, mais pas d’animosité. D’ailleurs des amis ont ainsi décidé de déscolariser leurs enfants, et une copine « prof » en plus !


Après tout, l’école n’est qu’une organisation sociale récente parmi d’autres possibles. 

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