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22 septembre 2012

LES CONFLITS D’INTÉRÊTS M’INTÉRESSENT



Il existe aujourd’hui un accord assez large, du moins sur le plan théorique, sur la question des conflits d’intérêt. Autrefois, un auteur pouvait travailler pour  les laboratoires "Machin" et écrire un article vantant les mérites du médicament "Truc-muche", produit par les laboratoires en question sans rien dire de ses liens avec le laboratoire. 

Aujourd’hui, et notamment après quelques scandales et l’éditorial très ferme du 3 octobre 1996 de M.ANGELL et JP. KASSIRER dans le "New England Journal of Medicine" sobrement intitulé «Editorials and conflicts of interest», cela n’est plus considéré comme acceptable. Les auteurs sont invités à déclarer s’ils ont ou non des conflits d’intérêts. Comment cela se passe-t-il concrètement en 2012 ? Les revues médicales exigent-elles des auteurs qu’ils remplissent des déclarations d’intérêts précises et utiles ?


Pour répondre à cette question, j’ai consulté trois revues françaises : "La  Revue du Praticien", médecine générale (mai 2012, tome 62, N°5), "La Presse Médicale" (juin 2012, volume 41, N°6) et "Médecine Thérapeutique Pédiatrie" (janvier-février-mars 2012, n°1). J’ai consulté aussi une revue américaine le "JAMA" (The Journal of the American Medical Association) du  5 septembre 2012. 

Dans la revue "Médecine Thérapeutique Pédiatrie", tous les articles sauf deux comportent une rubrique conflits d’intérêts et cette rubrique est très brève. Il est  écrit "Conflits d’intérêts : aucun". A noter page 11 à 16, un article signé par dix auteurs qui se termine également par "Conflits d’intérêts : aucun". Autrement dit, ce sont tous les auteurs en bloc dont il nous est dit qu’ils n’auraient pas de conflits d’intérêts.

Dans "La Revue du Praticien", on lit page 610 que "Pierre Loulergue est investigateur pour des essais cliniques avec MSD, GSK biologicals et Sanofi Pasteur MSD. Olivier Bouchaud a bénéficié d'une prise en charge pour des congrès de médecine, des voyages par le laboratoire GSK. Frédéric Mechaï déclare ne pas avoir de conflit d'intérêts." 

On notera une différence importante entre la revue "Médecine thérapeutique Pédiatrie" et "La Revue du Praticien" : dans la première on affirme que les auteurs n’ont aucun conflit d’intérêts alors que dans la seconde la formulation est plus prudente et plus conforme aux faits : l’auteur déclare ne pas avoir de conflit d'intérêts. La revue laisse à l’auteur la responsabilité de ce qu’il déclare. 

Dans "La Presse Médicale", la formulation me semble plus juste. Il est écrit "L’auteur déclare ne pas avoir de conflits d’intérêts en relation avec cet  article". Et de fait, ce qui intéresse le lecteur n’est pas de savoir si l’auteur  n'a aucun conflit d’intérêts mais s’il a ou non des conflits d’intérêts en ce qui concerne l’article que lui, lecteur, est en train de lire. 


Si on veut être sérieux et je crois que de nombreux responsables de journaux médicaux souhaitent l’être, il faut parler de façon claire et précise. Quand je lis dans "La Revue du Praticien" page 624  « J. Sellam déclare avoir des conflits d’intérêts avec les laboratoires Abbott, MSD, Roche France, Chugai, Pfizer, Pierre Fabre » il me semble inexact de dire qu’il a des conflits d’intérêts avec ces laboratoires. Il me semblerait plus exact de dire que le fait de travailler pour ceux-ci entraîne pour lui des conflits d’intérêts. Par  ailleurs ce qui m’importe en tant que lecteur est de savoir si ses liens avec ces laboratoires risquent d’introduire un biais dans l’article que je lis. Et cela  n’est pas dit dans cette déclaration. Et dans cette même revue, page 620, on y dit que « X. Chevalier déclare participer ou avoir participé à des interventions ponctuelles pour Pierre Fabre, Genévrier, Sanofi, Expanscience, Wockart, IBSA, Roche, Smith Nephews, Servier et avoir été pris en charge a l'occasion de déplacements par Servier, Nordic Pharma, Roche, MSD » Il me semble qu’écrire «participer ou avoir  participé» introduit du flou et de l’imprécision. On  aimerait savoir à quoi il participe aujourd’hui et à quoi il a participé hier. Et on aimerait savoir surtout si tout cela peut ou non avoir des répercussions sur ce qu’il écrit. 


Je voudrais, avant de conclure ce rapide survol des conflits d’intérêts dans la littérature médicale française, reproduire ce qui est écrit page 861 du JAMA Confllct of Interest Disclosures: "The authors have completed and submitted the ICMJE Form for Disclosure of Potential Conflicts of Interest. Dr Karp reported receiving grants from the National Institutes of Health and the National Alliance for research on Schizophrenia and Dépression; holding stock in Corcept; and receiving médication supplies for investigator-initiated trials from Pfizer and Reckitt-Benckiser. Dr Whyte reported receiving grants from the National Institute of Mental Health, the National Institute of Child Health and Human Development's National Center for Médical Rehabilitation Research, and the National Institute of Neurological Disorders and Stroke Small Business Innovation Research; and the provision of study drugs from Eli Lilly and Pfizer." Cet extrait ne  rend pas compte de l’une des caractéristiques essentielles de cette déclaration de conflit d’intérêts. Elle est écrite avec des caractères si petits qu’il est très difficile et en tout cas très désagréable de la lire. C’est tellement difficile et tellement désagréable que certaines personnes se demandent si cela n’est pas intentionnel. 

Quelques propositions minimales en guise de conclusion :

1 - Puisqu’il importe de savoir si l’auteur a ou non des conflits d’intérêts relatifs à l’article que l’on lit et puisque les responsables de journaux ne disposent que de la déclaration de l’auteur, il serait bon que la formule soit  "X déclare n’avoir aucun conflit d’intérêts en relation avec cet article".

2 - Chaque auteur doit répondre personnellement et en ce qui le concerne. Ainsi la formule "les  auteurs déclarent" devrait être remplacée par "X déclare", "Y déclare" et "Z déclare". Les déclarations collectives, et plus encore quand il y a dix auteurs, ne sont pas satisfaisantes ni très crédibles.


3 - On lit à la fin d’un article sur les boissons énergisantes de "La Revue du praticien" page 677, que "A.Petit déclare ne pas avoir de conflit d'intérêts, F.Levy et M.Lejoyeux déclarent n'avoir aucun conflit d’ intérêts. M.Reynaud déclare avoir perçu des honoraires des laboratoires Merck, Serono. Reckitt Bensicker, Lundbeck, DA Phama., L.Karila déclare avoir perçu des honoraires des laboratoires BMS Euthérapie, Astra Zeneca, Lundbeck, Gilead, Sanofi-Aventis, Schering-Plough". Cela ne dit pas grand chose au lecteur moyen. La question est de savoir d’une part s’ils ont perçu des honoraires normaux en fonction du travail effectué et surtout de savoir si l’un des laboratoires, Merck, Serono...Schering-Plough, a des  intérêts dans le domaine des boissons énergisantes. L’information "a perçu des honoraires" est trop vague. C’est la responsabilité des rédacteurs du journal de s’informer et de juger en conscience pour guider le lecteur.

Il existe dans les bonnes revues un comité de lecture, les revues ne publient pas n’importe quoi. Elles ont, et c’est heureux, des exigences en matière de contenu des articles, elles devraient avoir aussi des exigences en matière de déclarations de conflits d’ intérêts.

Pour finir, je reproduis sans commentaires une "déclaration d’intérêts" puisque "La Presse  médicale" (tome 41, N°6, juin 2012, page 597) ne parle  pas de déclaration de conflits d’intérêts et semble ignorer les conflits. "Déclaration d'intérêts : André Corman a ou a eu une activité passée ou présente de présentation de données et/ou de chairman lors de symposiums organisés par l'industrie pharmaceutique, de consultant, d'intervenant, d'expert ou d'investigateur, pour les Laboratoires Lilly, Bayer-Schering Pharma, Boehringher-Ingelheim, Pfizer, Johnson & Johnson. Marie Chevret-Méasson est investigateur principal d'une étude clinique pour les Laboratoires Lilly et a eu une activité passée ou présente, d'intervenante, d'expert, pour les laboratoires Pfizer, Lilly, Bayer, Schering Pharma, Boehringher-Ingelheim. Naji Gehchan est médecin de recherche clinique en urologie, employé Lilly". Je  me suis engagé à ne  pas commenter ce texte et je ne le ferais donc pas mais je serais curieux de  savoir ce que vous pensez de cette formulation "Marie Chevret-Méasson est investigateur principal d'une étude clinique pour les Laboratoires Lilly et a eu une activité passée ou présente". Je souligne que ma perplexité concerne le « a eu une activité passée ou présente ». Comment  peut-on avoir eu une activité présente ?


Jean-Pierre LELLOUCHE

Mise à jour du 6.7.2014 :  Un site officiel a été ouvert par le Ministère de la Santé sous le titre de "Transparence santé" début avril 2014 répondant aux exigences de l'arrêté du 3 décembre 2013 [1]. Son objectif est de rendre accessible "l’ensemble des informations déclarées par les entreprises sur les liens d’intérêts qu’elles entretiennent avec les acteurs du secteur de la santé". Il peut être consulté içi. Chaque entreprise est tenue de déclarer soit les avantages (supérieurs à 10 €), soit les conventions existants entre les professionnels de santé et elles-mêmes. Les entreprises sont responsables de l’exactitude des contenus publiés, souhaitons que nos "partenaires de l'industrie" jouent le jeu...

[1] Arrêté du 3 décembre 2013 relatif aux conditions de fonctionnement du site internet public unique mentionné à l'article R. 1453-4 du code de la santé publique. 

2 commentaires:

  1. Jean-Pierre,
    Tu dénonces à juste titre des pratiques anciennes à propos des conflits d’intérêts (plus ou moins bien déclarés ou habilement camouflés) touchant de nombreux auteurs d'articles dans les revues médicales. Ces cernières survivent en fait surtout grâce à la publicité que les laboratoires producteurs leur versent et il ne saurait donc être question pour leurs rédacteurs de trop leur déplaire. On le comprend aisément.

    Les revues médicales ne sont par contre pas les seules à être touchées par ces fameux conflits d’intérêts. L'affaire du Médiator a révélé que l'ex-AFSSAPS se réfugiait derrière l'avis des experts dont les liens avec les laboratoires étaient monnaie courante (si l'on peut dire).

    Récemment encore, le FORMINDEP (Organisme pour une formation et une information médicales indépendantes) a obligé la Haute autorité de santé (HAS) a abroger, via le recours au Conseil d'Etat, des recommandations concernant des antidiabétiques oraux et des médicaments anti-Alzheimer. Ces recommandations avaient en effet fait intervenir des experts dont la virginité en matière de conflits d’intérêts envers les fabricants de ces mêmes molécules était plus que douteuse. On peut lire les détails de cette saga sur le site de cet organisme à cette adresse http://www.formindep.org/La-HAS-est-condamnee-a-verser-1500.html
    Amicalement

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  2. Bonjour,

    J’ai lu avec intérêt les courriers du Dr Lellouche adressés aux différentes revues médicales. Je trouve ses interrogations pertinentes évidemment.
    Je reste réservé toutefois sur l’intérêt d’interroger des publications dépendantes de l’industrie pharmaceutique, de peu d’intérêt pour la formation des médecins, et dont la pratique de la déclaration d’intérêts (suite au recours du Formindep pour obtenir les décrets d’application de l’article L4113-13 du CSP) sont par essence hypocrites et insincères. Ces déclarations n’ont pas pour but d’informer les lecteurs mais de donner l’illusion du respect de la loi. Mais qu’attendre de mieux des firmes et de leurs affidés ?

    Même si ces courriers aident les responsables de ces publications à voir que l’on n’est pas dupe de leur pratique, il me semble que le rapport bénéfice/temps passé à les interpeller n’est pas favorable.

    Pour aller plus loin il faudrait porter plainte à l’ordre des médecins (chargé de l’application de la loi) contre les médecins non ou faussement déclarants. Ca a été le but de notre action commune avec l’UFC Que Choisir en 2008.

    Par contre la diffusion de ce décryptage me semble pertinente pour informer les lecteurs abusés de ces revues, qui continuent à leur faire confiance. C’est d’ailleurs le cas puisqu’il est sur votre blog, avec en illustration une image prélevée sur le site du Formindep, ce dont je me réjouis, témoignant ainsi que le Formindep a pu contribuer même modestement et indirectement à cette initiative.

    Bonne continuation.

    Philippe FOUCRAS

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