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16 octobre 2012

L'HISTOIRE DE LA POLIO


Dans un très beau roman «Némésis», Philip Roth (1) évoque magnifiquement ce qu’a été la poliomyélite dans les années 40. Ce qu’il dit me semble mal connu du grand public, mais aussi des médecins.
Je voudrais rappeler quelques éléments majeurs de cette très belle histoire, mais je voudrais m’interroger aussi sur les raisons pour lesquelles elle est si mal enseignée dans les facultés de médecine.




Dans un article de Pratiques N°4 de décembre 1975 auquel la revue avait donné pour titre "Epidémiologie et stratégie vaccinale", j’écrivais ceci: 

"On sait que avant la vaccination, la poliomyélite était pratiquement inconnue dans certaines collectivités à faible niveau d'hygiène et qu'elle était au contraire plus fréquente dans les pays développés, tendant même à devenir plus fréquente quand l'hygiène s'améliorait. 

Stèle égyptienne figurant un patient victime de la polio
On interprétait et on interprète toujours cela en disant que quand le virus est très largement répandu, les enfants sont soumis à une infection précoce alors que les anticorps maternels les protègent encore. Ils font une maladie inapparente mais immunisante, leur immunité étant entretenue par des contacts fréquents avec le virus tout au long de la vie.Dans ces conditions, la poliomyélite-infection est fréquente, la poliomyélite-maladie est rare.

Quand le virus est moins répandu, la probabilité d'être infecté tôt diminue, l'infection est plus souvent tardive, entraînant plus souvent une maladie apparente et grave. Quand l'hygiène s'améliore encore plus, on atteint un seuil où le virus devient suffisamment rare pour que l'infection d'un individu au cours de sa vie ne soit plus quasi-obligatoire, à ce moment tout progrès de l'hygiène entraîne à la fois une diminution de l'infection et une diminution de fréquence de la maladie.

L'évolution comparée de la poliomyélite maladie dans les pays développés et les pays dits sous-développés montre une très nette diminution dans les premiers une augmentation franche dans les seconds…"

Dans le  livre de Philip Roth, on apprend beaucoup de choses mais on  apprend surtout à se poser des questions: la maladie peut-elle être  transmise par des crachats, par des mouches, par un individu qui se lave très mal, notamment après avoir été aux toilettes ? Et pourquoi cette maladie est-elle plus fréquente en été ?

Le livre le plus diffusé parmi les étudiants, le Pilly (2), nous dit : "Modes de transmission: la transmission est interhumaine, essentiellement manuportée et indirecte par l'intermédiaire de l'eau ou d'aliments contaminés". On remarque que la voie d’entrée dans l’organisme n’est pas précisée.

Dans la  brochure "Les vaccinations, pourquoi, comment" (1977), il est écrit: "Il existe plusieurs possibilités de transmission par la pollution des aliments, par la contamination directe d’homme à homme". Là encore, c’est bref et peu précis.

La dernière édition du Guide des vaccinations (3) est plus claire sur la porte d’entrée  "Après  ingestion, les  poliovirus se multiplient au niveau du tractus gastro-intestinal"

Joseph M. Melnick, qui a été nommé en 1940 au Yale Poliomyelitis Study Unit, décrit très bien, dans "Encyclopedia of Virology", comment la théorie (fausse) de Flexner a retardé pendant plus de vingt ans le progrès des connaissances. Flexner qui était directeur du Rockfeller Institute for Medical Research de New York, croyait que la poliomyélite se contractait par voie nasale et que le virus montait au cerveau par voie nerveuse. Il en était persuadé à partir de ses travaux sur des singes rhésus. Il ne prêta aucune attention aux travaux de Kling qui, dès 1912 ont montré la présence du poliovirus dans la gorge et dans les matières fécales de personnes ayant aussi bien une forme non paralytique qu’une forme paralytique (4) .

Cette affiche en carton était placardée sur les fenêtres des
logements des patients atteints de polio qui y étaient mis en quarantaine
Flexner pensait que le virus montait par le nerf nasal et pensait aussi que l’application locale de sulfate de zinc empêcherait la progression du virus. Ainsi en 1927, alors que Kling avait publié quinze ans plus tôt, de nombreuses  personnes reçurent du sulfate de zinc.


                 Comme l’écrit Melnick : “Meanwhile, in the basis of belief in the nasal portal of entry and of the efficacy of zinc sulfate to protect that portal, many persons during a 1927 epidemic underwent what was, at least considerable disconfort produced by the administration of zinc sulfate, but received no protection against poliomyelitis”.

En 1936, Flexner écrivait (5) «Nous avons  recommencé  les  tests de Kling et Levaditi mais de  façon bien plus approfondie …et  “On the basis of the experiments reported in this paper we can reaffirm the conclusion previously arrived at by ourselves, and confirmed independently by investigators in Europe and America, namely that the only established portal of entry of the virus of poliomyelitis into the central nervous system of man is the nasal membrane, and especially the olfactory nervous areas in that membrane.”

Il réaffirme donc en 1936 qu’il ne veut rien savoir des travaux qui ont montré la présence de virus de la polio dans les selles et que «la seule  porte d’ entrée  prouvée de la polio dans le système  nerveux central est la membrane nasal et plus  particulièrement la surface nerveuse olfactive de cette membrane »

Il fallut plus d’un quart de siècle pour que la théorie de Flexner soit abandonnée. C'est ce que décrit bien Per Axelsson (6): "That it took more than a quarter of a century for this theory to be accepted was according to Kling because «one of the foremost poliomyelitis investigators, Simon Flexner, ever since the beginning of the experimental studies on infantile paralysis, has so one-sidedly maintained the role of the nasal mucosa as the portal entry of the infection, and that he has obtained so many adepts both in his own country and elsewhere»"

Autrement dit, Kling pense et Per Axelsson, qui le cite pense aussi, et il est  difficile de ne pas penser avec eux, que Flexner avait une idée fixe qu'il  était totalement incapable d'entendre ce qui mettait en question sa vision des choses. Et Flexner avait beaucoup d'adeptes.

On lit dans l’Encyclopedia universalis, dans un article de Pierre Lépine:  "L'introduction d'un sujet contagieux dans une communauté entraîne la diffusion rapide de l'infection, la plupart du temps sous forme inapparente, chez 60 à 90 % des membres du groupe. Déposé dans les milieux extérieurs par les déjections contaminées, le virus peut, à distance, infecter d'autres sujets réceptifs, par l'intermédiaire de l'eau, du lait, ou encore des légumes crus."

Les étudiants en médecine n’ont pas accès à une information plus précise. Pourquoi ?

Incidence de la poliomyélite en 2008 
1-Depuis que des vaccins sont disponibles contre les maladies infectieuses, l’idée qui domine et qui est fortement entretenue par les vendeurs de vaccins est que la vaccination va supprimer toutes les maladies infectieuses. A quoi cela sert-il d’apprendre comment se manifeste la rougeole puisqu’elle va disparaître ? A quoi cela sert-il de savoir comment se transmet le paludisme puisqu’il va disparaître ? Pour cette idéologie commercialement intéressée, les  maladies infectieuses sont des vestiges du passé et la vaccination de tous contre tout, le plus tôt possible, est la solution.

2-La poliomyélite est une maladie infectieuse très différente de beaucoup d’autres. Alors que beaucoup de maladies infectieuses sont aggravées par la  pauvreté et les mauvaises conditions d’hygiène, la poliomyélite est devenue  fréquente dans les pays à niveau d’hygiène élevé et plus encore parmi les  classes sociales les plus avantagées de ces pays.

Si l'on apprend à la population que le monde microbien (et le monde tout court) sont complexes et passionnants, si on apprend cela aussi aux médecins, si la population et les médecins s’informent, réfléchissent et discutent entre eux, on risque d’aboutir à un état d’éveil peu propice à la consommation béate et à la somnolence résignée.



Avant les  vaccins de Jonas Salk (inactivé) et de Sabin (vivant atténué), il y a avait eu, en 1935, les vaccins de Maurice Brodie (inactivé) et John Kollmer (vivant atténué) (7)Brodie mit au point un vaccin tué et Kollmer  un vaccin vivant. Tous deux faisant ce que John R Paul a appelé de la chimie de cuisine ("kitchen chemistry") et tous deux cherchant à être le  premier et à ne pas se laisser distancer par l'autre, ont réalisé des  vaccins inefficaces et dangereux, le vaccin de Kollmer causant des polio dont certaines mortelles.

Ce fiasco a probablement été un facteur ayant retardé l’expérimentation  puis l’utilisation du vaccin Salk qui ne devait être prêt que 20 ans plus tard.

De même que la faculté de médecine n’enseigne pas ou pas assez l’histoire du Distilbène ou les facteurs environnementaux de santé, il me semble qu’elle  ne se sent pas à l’ aise avec cette histoire où l’on voit une maladie ne pas  faire comme les autres; où l’on voit un ponte, Flexner, retarder d’au moins 25 ans le progrès; où l’on voit des apprentis sorciers créer des vaccins  inefficaces et dangereux et ne pas hésiter à les utiliser sur eux- mêmes et leurs enfants.

La faculté de médecine a pour projet de former des médecins comme Edwige Antier; des médecins qui sans aucune connaissance de l’histoire et de la clinique pourront affirmer "Depuis que l’on ne stérilise plus les biberons, nous observons une recrudescence de gastro-entérites avec même des germes rares" (8)

Jean-Pierre LELLOUCHE


1. ROTH Philip. Némésis (Gallimard) 2010
2. E.PILLY. Maladies infectieuses et tropicales 2012
3. Guide des vaccinations. Edition 2012. Direction Générale de la Santé. Comité technique des vaccinations.
4. KLING C. OLIN G. FAHREUS J. and NORLIN G. Sewage as a carrier and disseminator of Poliomyelitis virus, Acta Medica Scandinavica, 1942;112: 218-263
5. FLEXNER S. Respiratory versus gastro-intestinal infection in poliomyelitis. J Exp Med. 1936 January 31; 63(2): 209–226. 
6. AXELSSON P.  Asclepio. Revista de Historia de la Medicina y de la Ciencia, 2009, vol. LXI, nº 1, enero-junio, págs. 23-38.  "Do not eat those apples; they've been on the ground ! Polio epidemics and preventive measures. Sweden 1880S-1940S 
(7)  SASS Edmund J. The Polio History Pages : Poliomyelitis, a  brief history February 6, 2005
(8) Site Doctissimo. Bien être de bébé : stériliser le biberon

2 commentaires:

  1. Voici un épisode oublié de la polio quand les vaccins anticoquelucheux et antidiphtérique utilisés à l'époque étaient accusés de déclencher des polios.

    Cela avait été exposé au cours d'un cycle de conférences prononcées à Paris du 15 octobre au 15 décembre 1951 et rassemblées dans un document de 530 pages intitulé :
    « Vaccinations contre les maladies de l'Enfance - Travaux et documents IV »

    Sur la polio page 264...par le Professeur S. Van Creveld (Amsterdam)
    « Ces dernières années, on a rapporté de nombreux cas de poliomyélite consécutifs à la vaccination.
    Mac Closkey a montré qu'il existe une relation entre l'inoculation de vacin anticoquelucheux et une poliomyélite ultérieure lorsque l'injection a été pratiquée un mois auparavant. Le membre paralysé est souvent celui où l'injection de vaccin a été faite. De plus, cet auteur pense que l'inoculation du vaccin favorise l'apparition de paralysies dans des formes qui eussent été, sans cela, non paralytiques.

    En Australie, de janvier à novembre 1949, 67 cas de poliomyélite ont été observés dont 620 furent étudiés. 53 de ces malades avaient subi, dans les trois mis précédant le premiers symptômes de la maladie, une vaccination antidiphtérique ou anticoquelucheuse, ou les deux associées. Sur ces 53 malades, 41 avaient subi la dernière injection dans le mois précédant le début de la poliomyélite ; les autres dans une période s'étalant de un à trois mois.

    Parmi ces 41 enfants, 7 avaient reçu du vaccin anticoquelucheux, 12 du vaccin antidiphtérique, 22 un vaccin mixte, anticoquelucheux-antidiphtérique.
    Mac Closkey a conclu que les inoculations récentes de vaccin anticoquelucheux seul, ou associé à l'anatoxine diphtérique, provoquaient des paralysies, et des paralysies plus sévères que les inoculations récentes de vaccin antidiphtérique.

    Les mêmes conclusion ont été signalées en Angleterre par Knowelden et Bradford Hilll. Ces derniers auteurs ont examiné, en 1949, pendant une épidémie de poliomyélite, 410 cas chez des enfants de moins de cinq ans. Ils constatèrent que chez des enfants de moins de deux ans, qui avaient subi une vaccination antérieurement (moins d'un mois après la dernière injection), les paralysies étaient plus fréquentes au niveau du membre inférieur et, plus souvent à gauche qu'à droite, la vaccination en Angleterre se pratiquant de préférence au bras gauche.

    Chez un enfant hébergeant le virus de la poliomyélite, l'injection du vaccin polarise la paralysie vers l'endroit injecté.

    Knowelden et Bradford Hill ont comparé 164 cas de pôlimyélite à un groupe contrôle de 164 enfants de même âge, de même sexe et venant des mêmes régions. 16% des enfants atteint de poliomyélite avaient été vaccinés moins de quatre semaines avant l'apparition des premiers symptômes de la maladie et 1% dans le groupe contrôle.

    De ces observations et d'autres, on peut conclure que la vaccination faite en période d'épidémie de poliomyélite n'est pas recommandable et, dans les régions où la polio est endémique, il faut suspendre autant que possible, les vaccinations pendant les mois d'été.

    Anderson et Skaar (Minnesota) ont examiné, en 1946, 2709 cas de polio au cours d'une épidémie massive. Ils ont constaté l'existence d'une relation entre l'augmentation des cas de polio et la pratique d'une vaccination quelconque, ainsi qu'entre le siège de la dernière injection et celui de la paralysie. Ces auteurs ont montré également qu'il existait une relation entre la vaccination et l'apparition d'une paralysie plus grave que celle des enfants qui n'avaient pas été vaccinés, ou qui avaient été vaccinés 2 à 6 mois, ou plusieurs année avant l'apparition de la polio.

    Les mêmes accidents ont été observés avec l'injection de produits divers : antibiotiques, vaccin anticholérique, etc. »

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  2. Merci à Bernard Guennebaud de nous rappeler cet
    "épisode oublié de la polio". J'avoue qu'après l'avoir lu,tout cela m'est revenu en mémoire. Mais je l'avais complètement oublié et je crois qu'il y a un enseignement à tirer de cet oubli. Je crois que cela témoigne de la médiocrité du débat sur les vaccinations.
    Si nous discutions en profondeur des maladies infectieuses et des vaccins toutes les données seraient accessibles et facilement accessibles tous les éléments seraient l'objet de discussions basées sur des faits.
    Les faits que nous rappele Bernard Guennebaud ont été largement oubliés (du moins par moi) parce qu'ils sont rarement évoqués dans des discussions sérieuses.
    Merci de faire de ce blog un lieu où l'on peut réfléchir ensemble.

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