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14 octobre 2012

MÉTAPHORE ET MÉDECINE



Le langage médical est, comme pour beaucoup d'autres corps de métier, illustré d'images, de comparaisons, de métaphores plus ou moins heureuses. 

Le médecin utilise avec ses collègues un "jargon médical" qu'il s'approprie et qu'il finit par utiliser plus ou moins inconsciemment avec ses patients sans en mesurer toujours les conséquences.





Ce "jargon médical", souvent incompréhensible pour le commun des mortels, associe des néologismes de franglais ("bilanter", "staffer", "initier") et des abréviations qui pourraient faire penser que les médecins vont à l'essentiel, sans perdre de précieuses minutes (la "num" pour la numération-formule sanguine, les "reco" pour les recommandations officielles, la "réa" pour le service de réanimation et autres "mat" pour la maternité...). Les cancérologues exercent une spécialité difficile et excellent dans ce domaine en utilisant volontiers des termes militaires ou guerriers ("traitement d'attaque", une "attaque cérébrale", "cibler"la tumeur, "se battre contre la maladie"...). Ce travers des métaphores guerrières touche aussi nos autorités de santé qui décident par exemple de "déclarer la guerre" au SIDA ou mettre en place un "plan" cancer. On remarquera, qu'à contrario par un échange de bons procédés, les militaires savent utiliser des euphémismes du genre "opération chirurgicale"  pour évoquer un bombardement ciblé ou "tir ami" en cas de bavure.



Un article récent de Natasha M. Wiggins approfondit cette réflexion sous le titre évocateur de "Stop using military metaphors for disease" (1) où l'auteure se demande si les métaphores n'ont pas pour fonction de remplir un vide médical. Un vide fait d'ignorance et de peur. On se bat contre la maladie et même on se bat courageusement, parfois on gagne et parfois on perd. En 1971, le président Nixon avait déclaré la guerre au cancer en parlant "d’un ennemi insidieux et implacable". Et l'utilisation de ces images est très ancienne, elle cite par exemple à ce propos le poète John Donne et Louis Pasteur. 


Un commentaire a été publié, à la suite de cet article, par Jim N. Hardy sous le titre de "Metaphor may fill the space created by uncertainty" et où il dit son accord avec Natasha M. Wiggins (voir texte en anglais ci-dessous). Il cite pour illustrer son propos deux essais de Susan Sontag (3) qui avait écrit sur ce sujet "L'attitude la plus honnête que l'on puisse avoir à l'égard de la maladie, la façon la plus saine aussi d'être malade, consiste à l'épurer de la métaphore, à résister à la contamination qui l'accompagne".

Susan SONTAG (1933-2004)

Mais surtout il propose une hypothèse qui me semble très intéressante. Ayant lui même un cancer, il a observé que les médecins qui le soignent utilisent des métaphores guerrières, lui-même quand il échange avec eux utilise ces mêmes métaphores. Pourtant, quand il parle avec d’autres malades, ni lui ni les autres malades n’utilisent de métaphores. Ils parlent beaucoup plus ouvertement de leurs sentiments, de leurs familles, de leurs amis et des conséquences de la maladie.


Il se demande si les métaphores n’ont pas pour fonction de remplir un vide. Un vide fait d’ignorance et de peur. Il suggère "plus d’écoute active et moins de discours pour remplir le silence inconfortable" afin "d’améliorer la communication et pour permettre que notre ignorance et notre incertitude mutuelle puissent être partagées".


Jean-Pierre LELLOUCHE 
Remerciements à DLH pour son assistance technique 

(1) WIGGINS N.M. BMJ 2012;345:e4706 
(2) HARDY J.N. BMJ 2012;345:e5468 
(3) SONTAG S. Illness as Metaphor 1979 (Version française: La maladie comme métaphore-Seuil et Christian Bourgois).    
(3) SONTAG S. AIDS and Its Metaphors 1988 (Version française: Le sida et ses métaphores-Christian Bourgois).
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I read Wiggins's article with interest, 24 hours or so into my third cycle of chemotherapy for metastatic colon cancer. Our use of metaphor does seem to follow societial préoccupations, for example, the persistence of seafarting metaphorin common parlance and those of war and combat when used in biomédical practice and so beautifully illustrated by Susan Sontag in her two séminal essays.

Those of us with cancer at my cancer centre talk openly about ourshared expérience. Together we create our narratives, and this fortnightly or threeweekly conferencing gets us through as we colieclively receive (or, rather, are infiltrated by) our drugs intravenously.

With these people I hear little metaphor, but I do heartalk of feelings, friends, familles, and the wider impact of the illness.When family members visit, or médical staff attend, the conversation often changes, and I begin to hear métaphore.

Perhaps metaphor fills the space created by uncertainty. So where there is uncertainty, and ignorance, both within the physician and the patient, we use metaphor to bridge those gaps in conversation when we don't know what to say, an awkward and ill considered attempt to make both sides feel better. I hear this too from friends in their written and spoken communications (mostly written) and in family groups and, of course, also from healthcare professionals. But it doesn't seem to be a part of the here and now conversations between those of us in the centre.

I suggest that more active listening and less talking to fill the uncomfortable silences could improve the quality of communication with my doctor, nurses, and family, to allow our mutual ignorance and uncertainty to be shared. This way we may feel more human and less embattled.

Jim N Hardy. General practitioner, Bethnal Green Health Centre, London E2 6LL, UK

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